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L’envol du gypaète

Au hasard de mes randonnées kirghizes, il m’a été donné de découvrir un couple de gypaètes couvant au nid. Six mois durant, j’ai ainsi pu assister à toute la croissance d’un gypaète juvénile, jusqu’à son envol du nid le 9 juillet dernier. Suivez dès demain mes posts sur Instagram, ils relatent toutes les étapes de cette expérience inédite.

Après quatre mois de croissance passés au nid, « Neige » en décolle le 9 juillet 2021

À une petite heure de route de la capitale Bishkek, le parc national de Ala Archa compte une faune abondante et diversifiée. Tout randonneur s’éloignant un peu de la vallée centrale peut y croiser des bouquetins réunis en de riches troupeaux et des sangliers sur des pentes qui culminent à 4600 mètres d’altitude. Elles sont survolées par de nombreuses sortes d’oiseaux, pies, corbeaux, craves à bec rouge, faucons, aigles, vautours de l’Himalaya et, les plus grands voiliers de tous, les gypaètes qui trouvent toutes les carcasses nécessaires à leur approvisionnement. Il faut beaucoup de chance par contre pour croiser le lynx dans de rares forêts, et encore plus, le loup ou l’élusive panthère des neiges.

De nombreux bouquetins

Dans le parc de Ala Archa, il n’est pas rare d’observer un troupeau de plus de 100 bouquetins de Sibérie

Ma première découverte des bouquetins d’Ala Archa est similaire aux rencontres que l’on peut faire dans les Alpes, quelques mâles paissant à petite distance du chemin d’une cabane. Ma seconde, par contre, est inédite. Occupé à scruter les pentes recouvertes par une végétation éparse, je crois découvrir un troupeau de moutons… en octobre. Étrange… À l’examen, certaines bêtes du nombreux troupeau s’avèrent arborer de belles cornes. À distance, je ne puis compter les bouquetins, mâles comme femelles, jeunes comme vieux. D’un peu plus près, j’évalue le troupeau à cent cinquante bêtes! De quoi éveiller ma curiosité et y retourner régulièrement. Très grégaire, le bouquetin de Sibérie se réunit en un immense troupeau à l’approche du rut. Il se distingue du bouquetin des Alpes par une barbe longue et touffue, que les femelles arborent plus discrètement. Au contraire des Alpes, il prend la fuite à grande distance des humains. Rien d’étonnant, le sachant chassé par la discrète et farouche panthère des neiges.

Une découverte inédite

Un couple de gypaètes atterrit régulièrement dans la même falaise

Occupé à tracer les bouquetins dans d’abruptes pentes, je découvre à mi-décembre un couple de gypaètes volant ensemble et atterrissant régulièrement au même endroit. Le nid qu’ils visitent est bien placé, dans une falaise à l’abri de tous prédateurs non ailés. Je me documente sur cette espèce et suis heureux de les voir survoler ce vaste territoire. Familiarisé depuis avec l’abondant troupeau de bouquetins, je m’approche de l’aire à la mi-janvier pour y découvrir un adulte couché. Mon point d’observation est idéal, discret, situé dans un vallon en face de la falaise, à quelques deux cent mètres de distance. Le gypaète serait-il en train de couver un oeuf? C’est le début d’une longue série d’affûts qui me verra remonter sur ce poste quelques cinquante fois sur six mois,

Une longue couvaison

Quel que soit le temps, l’adulte couve impassiblement son oeuf à l’aire


Selon la littérature spécialisée, les adultes se relaient pour couver un ou deux oeufs durant cinquante cinq jours. J’ignore quand a eu lieu la ponte et remonte régulièrement, osant désormais me montrer, car les gypaètes ne semblent pas affectés par ma présence. Les approches me valent de nombreuses rencontres avec les bouquetins ou les sangliers défonçant le terrain de leur museau puissant. Qu’il neige ou qu’il vente, un des adultes reste couché au nid, relevé de manière irrégulière par son conjoint. Parfois, l’adulte se détend les ailes en profitant des vents, sans jamais s’éloigner du nid qu’il survole en voltes attentives. Maîtrisant son vol de manière experte, il fait même mine de s’y poser parfois, suspendu au-dessus du nid en un instant de surveillance. Le 19 mars, j’observe un comportement inhabituel sur l’aire. Debout, l’adulte penche souvent la tête entre ses serres pour donner ce qui pourraient être de petits coups de becs. Le lendemain j’y découvre une petite tête qui quémande de la nourriture. Compte tenu de l’ambiance environnante, je l’appelle « Neige. »

Une croissance encore plus longue

Nourrissage attentif du gypaéton  » Neige  » sur l’aire

Durant près de quatre mois, le gypaéton va atteindre son imposante taille d’adulte sous la surveillance de ses parents. Au début, en présence permanente au nid, ils alimentent l’oisillon par de petites bouchées de tendons ou de viande qu’ils arrachent énergiquement de leur bec crochu aux portions de carcasse ramenées à l’aire. Par encore d’os pour « Neige » qui ne doit pas avoir de sucs gastriques en suffisance. Petit, ils le protègent du froid en le couvant attentivement entre les pattes. Progressivement recouvert des poils arrachés aux proies, le nid s’avère confortable, trop chaud même lorsque au matin les rayons du soleil l’irradient de plein fouet. Gypaéton se réfugie alors de lui-même à l’ombre de ses parents. Ceux-ci alternent la garde, bien que la femelle, reconnaissable à son cou plus coloré d’ocre, soit présente plus fréquemment. Le mâle apporte régulièrement de la nourriture, sans jamais rester trop longtemps au nid. Lorsque c’est son tour de garde, il s’envole même pour de longues séances de vol dans les vents ascendants. Avec le temps, gypaéton est abandonné de plus en plus souvent sur l’aire par ses parents. L’un d’entre eux ne s’éloigne cependant jamais trop loin, posté sur une falaise surplombante. J’assiste même à la défense aérienne contre un aigle juvénile qui s’aventure trop près de l’aire, le deuxième adulte volant au secours du premier. Pies, faucons et craves à bec rouge sont toutefois tolérés à proximité du nid, de par leur taille moins menaçante. De longues semaines se déroulent ainsi, sous la neige, au soleil ou au vent. Recouvert d’un duvet gris, l’oisillon gagne rapidement en taille, se dresse progressivement sur ses serres et s’essaie à ronger des restes d’os. De petites taches noires apparaissent à l’attache de ses plumes d’ailes. Longuement prostré sous l’ardeur du soleil, « Neige » parvient à se nourrir de lui-même, lorsque nourriture il y a, bien entendu.

Le gypaète chasse un jeune aigle qui s’est aventuré trop proche de l’aire de gypaéton

Le jour de l’envol

Peu de temps avant l’envol, Gypaéton est entièrement noir, à l’exception d’un lozange de plumes blanche au sommet du dos

Je dois m’absenter durant un mois et suis pressé à mon retour, début juillet, de voir si le gypaéton est encore fidèle au poste. La littérature spécialisée donne un délai de 110 à 130 jours entre l’éclosion et l’envol du nid. Le 6 juillet, « Neige » est au nid, ne montrant absolument aucune velléité d’envol. Il est devenu complètement noir, à l’exception d’un losange de plumes blanche sur le haut du dos et grises autour du cou. Cerclé de rouge, son regard est devenu perçant, son bec toujours aussi crochu. Un adulte lui apporte même de quoi manger à sa faim. Je décide de passer la nuit à proximité de l’aire, car le gypaète juvénile se montre plus actif dès le lever du jour, sa falaise étant de suite inondée de soleil. Bien m’en prend. Le 9 juillet, « Neige » se hasarde au bord du nid, ouvre une aile, puis l’autre, hésite et soudain prend l’air sans crier gare, pour un vol de quelques centaines de mètres jusqu’à un pierrier voisin. (Une vidéo de l’envol sera postée sur mon compte Instagram.) Posté sur un gros bloc, il bat farouchement des ailes avant de s’envoler vers un nouveau promontoire. Il y a 114 jours qu’il est sorti de son oeuf. Après quatre mois écoulés avec patience sur une portion de replat au milieu d’une falaise, à observer ce qui vole alentours… il peut enfin de lui-même arpenter le territoire avec ses deux mètre quatre vingt d’envergure.
Je remonte les jours suivants, espérant voir « Neige » passer la nuit au nid, mais sans succès. Sous une pluie fine, je le découvre un jour perché sur un rocher avec un des adultes également posé un peu en-dessous de lui. Un autre jour, ils sont tous les trois en train d’enrouler le même courant thermique. L’apprentissage se poursuit et gypaéton est sous bonne garde. « Neige » retournera-t-il au nid? S’il est toujours sous la surveillance de ses parents et encore nourri par leur soins, il n’en a plus besoin. Pour moi, c’est la fin d’une aventure animalière exceptionnelle. Il faudra de la chance désormais pour que je voie « Neige » me survoler de près.

Deux jours après son premier vol,  » Neige  » plane en-dessous de son aire
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Kirghizistan insolite

En Europe on va à la montagne. Où que l’on soit au Kirghizistan, on est en montagne et l’on part à la rencontre de montagnards. Invitation à venir découvrir en ma compagnie les joyaux de ce pays insolite: éventail de possibilités, à façonner à votre guise.

90% du pays se situent à plus de 1500 mètres, sur une superficie cinq à six fois supérieure à celle des Alpes Suisses. Après de longues journées de marche, alors que l’on se croit dans un isolement absolu, surgit de nulle part un berger sur sa monture, accompagnant un troupeau de plusieurs centaines de moutons. Vaste et fascinant pays que je parcours depuis deux ans. Je suis donc en mesure de concocter un programme dévoilant ce pays insolite, sa culture nomade et ses habitants chaleureux.

La randonnée kirghize

Randonnée à pieds ou à cheval: une garantie de solitude et de tranquillité

Visant telle protubérance que l’on souhaite être un sommet, après des heures de marche on arrive…nulle part! Une autre protubérance prolonge l’arête sur laquelle on évolue, puis un sommet et encore un autre sommet. On s’égare facilement dans ce relief où rien ne ressemble plus à un col qu’une autre dépression. Alors que vous êtes en pleine interrogation, surgit de nulle part un berger sur son cheval. Après s’être enquis de votre nom, âge, pays d’origine, travail, salaire et du prix de la montre que vous portez au poignet – au Kirghizistan on ne se contente guère d’un seul « bonjour, ça va? » – il vous accompagne volontiers jusque au passage convoité, non sans vous avoir demandé du haut de sa monture pourquoi vous cheminez à pied. Et notre cavalier de se perdre à nouveau dans le décor. Au Kirghizistan, rares en effet sont les randonneurs à pieds qui soient kirghizes. Une garantie de tranquillité sur les chemins. Distances et état des routes obligent, faire de la randonnée dans ce pays n’a pas son pareil dans nos alpes. À de très rares exceptions près, pas de gîtes ni de cabanes. Si on a l’ambition d’un haut sommet, le bivouac et le gros sac s’imposent, ou alors la nuit chez l’habitant.

Le sens de l’accueil

Les Kirghizes, à l’exemple de Maeder, vous accueillent volontiers sur leur propre Jailoo

Les Kirghizes ont le sens inné de l’accueil. Vous leur faites un honneur que d’accepter leur invitation à séjourner chez eux, sous la yourte si vous êtes sur l’alpage ou dans leur maison familiale au village…une fois les troubles liés au covid apaisés. Si vous passez près d’une yourte, ne serait-ce que pour vous enquérir du chemin, il vous incombe de faire honneur à votre hôte en y entrant – déchaussé – au moins pour y boire un bol de Kummis, le lait de jument fermenté qu’en été on conserve en permanence dans une panse de brebis. La table est un lieu de socialisation incontournable. À condition de pouvoir converser! Dans la campagne, les kirghizes ne parlent que le Kirghize, langue turcophone et gutturale, le russe pour les personnes plus âgées. D’où l’importance de se faire accompagner par un guide-interprète. Plus de détails sur mon blog: https://mavieaukirghizistan.com/2019/09/23/hospitalite-en-terre-kirghize/

Un tourisme sportif mais aussi culturel

Au Kirghizistan le tourisme intéressant se veut sportif d’une part, composé de trecks à dos de cheval ou à pieds, de nuits sous yourte ou sous tente pour découvrir les lacs d’Issyk Köl, de Song Köl, de Köl Cyy ou d’Ala Köl, les site géologiques incroyablement colorés des canyons de Fairy Tale, de Mars ou de Konortchok ainsi que les sources d’eau thermales d’Altyn Arashan. Pour n’en citer que quelques uns…Et si vous disposez de temps au printemps ou à l’automne, une transhumance en compagnie de bergers avec leur troupeau de moutons, de vaches et de chevaux peut transformer votre séjour en une expérience authentique, en immersion dans la culture des nomades kirghizes. (Blog: https://mavieaukirghizistan.com/2019/10/21/en-transhumance/.) Mais toute visite exhaustive se doit d’aborder la culture de ces peuples jadis nomades, aujourd’hui transhumants: visites au caravansérail de Tash Rabat, haut lieu de l’historique route de la Soie, aux sites historiques de la Tour de Burana ou de Manas Ordo – le mausolée consacré à Manas, le maître spirituel de la nation kirghize – ou les milliers de pétroglyphes de Saimaluu Tash – une découverte hautement recommandable, haut lieu de l’histoire d’Asie centrale. La capitale Bishkek recèle des joyaux de l’ancienne architecture soviétique et à une heure de route le parc national d’Ala Archa dissimule d’énormes troupeaux de bouquetins, les vols sauvages de condors ou de gypaètes et, encore plus discrète, l’élusive panthère des neiges. Sans oublier les visites aux coopératives d’artisanat local, fabrication de tapis de feutre de Koshkor, mines plus ou moins discrètes ou chasse à l’aigle sur la rive Sud d’Issyk Köl.

Suit le bref descriptif de quelques hauts lieux kirghizes, en partie décrits plus en détails dans divers posts de ce blog. Tout voyage dans ce pays insolite s’assemble en un patchwork qui dépend du temps disponible, compte tenu des grandes distances à parcourir. Une certaine retenue s’impose toutefois: il n’existe aucun secours organisé au Kirghizistan, surtout pas héliporté. Il convient dans ce pays de garder une marge de sécurité suffisante dans le choix de ses projets, en fonction de ses compétences. Je me ferais un plaisir de vous proposer un programme sûr et alléchant, en fonction de vos goûts et de vos disponibilités. N’hésitez pas à me contacter à l’adresse-mail frperraudin@netplus.ch

Le lac d’Ysyk-Köl

Le plus grand lac intérieur d’Asie centrale après la mer asséchée d’Aral, se trouve à 1600 m; il ne gèle jamais. Sur sa rive Sud, dans les canyons de Mars ou de Fairy Tale, les formations géologique teintées d’oxydes de fer et de souffre offrent un spectacle fascinant. Y seraient à jamais pétrifiées les sept têtes du dragon de Zaska, à la rage duquel on doit la création du lac. ( Blog: https://mavieaukirghizistan.com/2019/09/16/le-dragon-petrifie-de-skazka/). C’est aussi sur ces rives que j’ai pu assister à la fêtée traditionnelle de Nooryz (Blog: https://mavieaukirghizistan.com/2021/04/08/nooruz-le-renouveau-printanier-au-kirghizistan/) ou partir à la chasse à l’aigle avec Aitbek (Blog: https://mavieaukirghizistan.com/2020/02/03/chasse-a-laigle/)

Le trekking de Ala Köl

Situé à 3520m d’altitude, le lac de Ala Köl au coucher du soleil

Au départ de Karakol, situé à l’Est de Ysyk Köl, deux jours de marche avec nuit sous tente permettent d’accéder au magnifique lac d’Ala Köl, petit joyau émeraude au sein de hauts sommets. Ce chemin connu est relativement fréquenté, ce qui au Kirghizistan peut vous faire rencontrer une vingtaine de personnes en pleine saison, au grand maximum! Le troisième jour, le sentier de caillasse du col débouche sur la vallée et les sources thermales de Altyn Arashan. Descendre en taxi de cet alpage est un vrai parcours du combattant.

La descente de la vallée de Altyn Arashan en taxi a de quoi vous remuer!

Le lac Song Köl

Les familles des vallées voisines montent y passer tous les beaux mois de l’année avec leur bétail, malgré l’altitude du lac de 3016 mètres. Il vaut la peine de séjourner quelques jours dans un de ces camps de yourtes pour s’initier à la vie des nomades lorsque ils sont au Jailoo, à leur manière de faire le Kummis, d’apprêter les poissons du lac ou de préparer le succulent « plov » à base de riz et de viande d’agneau. (Blog: https://mavieaukirghizistan.com/2019/09/06/lalpage-sur-les-rives-du-lac-bleu/)

Les pétroglyphes de Saimaluu Tash

Des milliers de pétroglyphes illustrent des scènes de chasse et de pâture vieilles de plusieurs millénaires

Véritable joyau de la culture d’Asie centrale, les milliers de pétroglyphes que dévoilent les pierriers de basalte de Saimaluu Tash valent de loin le déplacement de Kazarman. Une route pittoresque vous y conduit au travers de formations géologiques impressionnantes qui bordent la rivière Naryn. Sur place, après trois heures de marche, les multiples faces sombres des pierriers dévoilent d’innombrables scènes de la vie de tous les jours. Des scènes, pour certaines, gravées il y a quatre mille ans! Des représentations de la vie agreste, de chasse et de partage social. D’innombrables gravures préhistoriques, moyens d’expression de jadis, qui font de ce vallon un site qui mérite l’attention des spécialistes du monde entier.

Le lac de Köl Cyy

À deux jours de route de la capitale, pas loin de la frontière chinoise, un énorme éboulement a obstrué cette vallée étroite, créant un lac de 12 kilomètres de long

Il faut un permis spécial auprès des autorités kirghizes pour pouvoir se rendre à Köl Cyy par une route escarpée. Pas loin de là, le berger Meder Tolokov accueille les visiteurs dans ses yourtes. Avec ses moutons, ses yacks et ses chevaux, comme quelques autres familles, il y réside même au coeur de l’hiver. Le climat particulièrement sec n’amène que peu de neige, uniquement du froid, si bien que les bêtes y trouvent encore maigre pitance.( Blog: https://mavieaukirghizistan.com/2019/10/15/meder-tolokov-le-berger/)

Le parc de Ala Archa

À une heure de route de la capitale Bishkek, les cimes enneigées proches des
cinq mille mètres attirent du monde

Dans les versants ombragés, les citadins apprécient une brève marche et l’inévitable pic-nique dans une des rares forêts de la contrée. À une petite heure de marche, sur le sentier de Adygene, on trouve le cimetière des alpinistes sous un couvert de résineux; différent des autres monuments funéraires kirghizes, il rend hommage aux alpinistes du pays. Mais Ala Archa réserve de belles surprises faunistiques aux marcheurs attentifs. (Blog: https://mavieaukirghizistan.com/2019/08/12/a-labri-de-letoile-du-nord/)

Randonner à skis au Kirghizistan

Longue montée au-dessus de la vallée de Naryn

Faire du ski dans le pays, à part dans quelque petite station aux pistes faciles, c’est inévitablement chausser ses peaux de phoque et faire confiance à son instinct pour choisir les pentes appropriées. Méfiez-vous des distances car les neiges et le danger d’avalanche n’y sont pas comme chez nous. Le climat continental, sec et froid en hiver, ne fait guère évoluer les rares chutes de neige qui ne se transforment guère. Des skis larges aident à évoluer dans un manteau souvent sans fond: il convient d’y faire sa trace.
De décembre à février, à vous la belle poudreuse, et vraisemblablement à personne d’autre car on ne croise pas grand monde l’hiver dans les montagnes. Les possibilités sont innombrables dans la région de Karakol, de Jyrgalan ou de Suusamyr. Quelques vidéos sont accessibles sur mon blog: https://mavieaukirghizistan.com/2019/12/11/debut-de-saison/ ou https://mavieaukirghizistan.com/2020/02/19/ski-de-rando-au-kirghizistan/
Dès la fin juin, un des plus hauts sommets devient accessible aux expéditions, dans la chaîne du Tien Shan, au sud du pays. Le Pics Lénine et ses 7134 mètres peut notamment se faire à skis, dans le cadre d’expéditions bien organisées, avec camps d’altitude.

Ski de randonnée à Jyrgalan

À deux heures de route de la ville de Karakol, à l’extrémité est du lac Isyk Köl, le petit village de Jyrgalan bénéficie de conditions hivernales favorables à la pratique du ski de randonnée. Deux vallées s’y rencontrent, chacune offrant ses itinéraires. Réunis en coopérative, les habitants conscients du potentiel touristique ont équipé plusieurs Guest Houses à l’accueil chaleureux.

Rigueur hivernale à Suusamyr

Directement accessible depuis le col de Too Ashuu (3400m), la rive gauche de la vaste plaine de Suusamyr offre des conditions de ski optimales par grands froids

Une inversion de température caractéristique fait baisser le thermomètre à -35° en hiver dans cette haute vallée, alors que cinq cents mètres plus haut règne un agréable -10°. Les pentes sud ensoleillées ou parcourues par les vents ont la particularité, au Kirghizistan, d’offrir des neiges transformées, ce qui favorisent de belles conditions de ski, à condition d’être dûment équipé contre le froid!

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Nooruz: le renouveau printanier au Kirghizistan

Célébration du premier jour du printemps au Kirghizistan © Anne Moulin

Interdite durant l’époque soviétique, la célébration de Nooruz a été réactivée dès 1991 dans la nouvelle république indépendante du Kirghizistan. On y célèbre le renouveau printanier lors de l’équinoxe de mars, jour férié dans le pays. Une tradition vielle de quelques 3500 ans, célébration zoroastrique de cette antique religion perse, plus ancienne que le Christianisme et l’Islam, qui fêtait l’un des jours les plus sacrés de l’année. La tradition a été introduite dans les pays d’Asie centrale par le commerce et les échanges culturels actifs sur la route de la soie. Aujourd’hui, la fête inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco est l’occasion de rappeler la richesse de la culture kirghize et de tous les pays d’Asie centrale, surnommés les « stan »: Kirghizistan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan.

Un public de tous âges assiste à la célébration © Anne Moulin

La cérémonie débute par un brûlis de branches de genévrier destinée à nettoyer symboliquement les troubles et la malchance du passé et à commencer une fraîche et heureuse nouvelle année. Suit un festival de danses, de chants, de récits de l’épopée de Manas ainsi que de sports traditionnels tels que le tir à l’arc, le tirer de corde, la lutte à la culotte, la chasse à l’aigle (Salburun) ou le Kök Börü.

Des branches de genévrier sont brûlées en ouverture de la cérémonie © Anne Moulin

Vidéo sur Vimeo ici

Pour l’occasion tout le monde revêt ses plus beaux atours, créant un festival de costumes traditionnels colorés. Aux côtés du traditionnel kalpak qui coiffe les hommes (chapeau de feutre brodés d’ornements traditionnels), les femmes mariées revêtent de magnifiques et longs turbans brodés (elechek), qu’elles enroulent sur la tête, mais utilisaient aussi jadis pour envelopper les bébés, voir les morts en vue de leur long voyage. Les chorégraphies ont été soigneusement élaborées dans les mois d’hiver, le jeu de main y est essentiel. Il rappelle certains mouvements gracieux d’animaux sauvage ou d’équitation. L’occasion également de partager de bons moments de convivialité et de solidarité autour de la table et de plats spécialement apprêtés pour l’occasion. Aux côtés des traditionnels brook (beignets et pains grillés), Kourout (boules de fromage séchées), Laghman (nouilles plongées dans du bouillon épicé), Plov et autres Sashlik (brochettes de viande grillée) agrémentés de Bozo (bière légère à base de grains de millet fermentés), citons le traditionnel Sumolok, un pudding sucré à base de grains de blé germés, longuement imbibés, qui doit cuire durant 24 heures dans un chaudron au fond duquel on dispose quelques pierres pour éviter que le Sumolok n’attache ou ne brûle. Cette recette est uniquement réalisée pour le Nooruz, symbole de communauté, d’amitié et de porte-bonheur. La légende parle de nomades, alors au bord de la famine. Une des membres désespérée déverse des grains de blé germés dans de l’eau avec des pierres pour faire croire à ses sept enfants qu’elle prépare un met nutritif. Elle s’endort au bord du feu et constate à son réveil que le mélange s’est coloré de brun et a pris un goût et une constitution alléchante.

Des joutes sportives auxquelles participent toute la population © Anne Moulin

Lors des épreuves sportives, les différents villages peuvent s’affronter sous les encouragements d’un public nombreux et enthousiaste, alors que les enfants jouent aux traditionnels lancers de cailloux ou d’osselets, ou à la ronde. On est là bien loin des jeux vidéo sur la toile, sous le regard toutefois de nombreuses caméras et téléphones portables.

Les paroles d’un chant populaire de Nooruz donnent un aperçu de la mentalité nomade. Les voici en anglais, extraites du film Nooruz (à visionner sur Vimeo). Merci à Rahat Yusubalieva pour la traduction

Nooruz has come to my people
Nooruz has come to my land
May there be friendship and song
May you take place, Nooruz, joyfully!

From the ancient times, the Nooruz holiday
Muslim Peoples celebrate it
The flag of the renewed year
Sumolok boiling in the pot
People’s mood being joyful
Black soil breaks and grass comes out of it
Udder of a cow opens and milk comes out of it
Cream of the milk gets thicker
When we say that Nooruz has come
The land of the renewed people
Motherland, stop the war
Those who have been in conflict
They make peace on Nooruz
Those people who are poor
Their voyage bags become full

Nooruz has come to my people
Nooruz has come to my land
May there be friendship and song
May you take place, Nooruz, joyfully!

Nooruz has come, People
Let us ask for blessing from the elders
Let us not forget the traditions
Let us play traditional games
Let us make akyn-improvisers sing for us
Let us give them white coat and headscarf
Tablecloth full of delicious meals
Let us purify the source of fireplace
Let us feed with all meals we have
Let us show respect to guests
And leave after celebrating this sacred night

Nooruz has come to my people
Nooruz has come to my land
May there be friendship and song
May you take place, Nooruz, joyfully!

Nooruz has come to my people
Nooruz has come to my land
May there be friendship and song
May you take place, Nooruz, joyfully!

Oh this world! Oh this world! Oh this world!
That young man is good who people call good
That man is good who serves as shield for wide people
That man is good who serves as shield for wide people

Oh this world! Oh this world! Oh this world!
That man is good who shines as a star in the skies
Those girls are good who give hope
Those girls are good who give hope
Oh this world! Oh this world! Oh this world!
The father of the water is the spring
The farther of the word is the ears
Young man who seeks wealth is a shame
Oh this world! Oh this world! Oh this world!
The taste of the meal comes from the salt
Full autumn harvest gives benefit in winter
A bad woman emerges from a bad girl
Oh this world! Oh this world! Oh this world!

A man who has lost his mind is people’s ridicule
Young men who are foolish will get angry at father’s words
Oh this world! Oh this world! Oh this world!
If you get a blessing, spring bud will turn to a tree
And your blackberries will turn white
Talkative daughter- in- law will be a foe with her mother-in-law
Oh this world! Oh this world! Oh this world!

Willow is better than fire tree
In the darkness the Moon is better
The rich is better when he gives
The rich is better even when he doesn’t
An old man with wisdom is better than
A young man with a colorful shirt

Oh this world! Oh this world! Oh this world!
The rich is better when he gives
The rich is better even when he doesn’t
Butter is good when you eat it
Butter is good even when you don’t
A dry trench is better than
A daughter- in- law who has no respect

Oh this world! Oh this world! Oh this world!
May a child be not separated from the parents
May good people live forever
May good people live forever
Oh this world! Oh this world! Oh this world!

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Le Kök Borü, sport équestre national

Pour les nomades kirghizes, le cheval est une aide indispensable pour se déplacer dans les steppes et guider ses troupeaux. Parfaitement maîtrisé par des cavaliers dès leur plus jeune âge, il est aussi au centre de traditions toujours vivantes. Lorsque les loups affamés attaquaient le bétail, les cavaliers les plus courageux – les « djiguites » – montaient les chevaux les plus vifs et prenaient les prédateurs en chasse. À l’aide de leur fouet, ils mettaient leur cheval dans un galop effréné pour rattraper leur proie et la saisissaient à même le sol, sans ralentir, en se penchant de tout leur saoul, leurs seules jambes encore accrochées à la selle.

Les cavaliers kirghizes sont incroyablement agiles sur leur monture

Ils ramenaient leur proie avec fierté au chef du clan, non sans se la disputer avec d’autres cavaliers lors de terribles joutes équestres, à l’origine du Kök Borü. Vainqueur, ils sauvaient leur honneur et celui de tout le clan.
On observe la même adresse aujourd’hui chez les joueurs de Kök Börü – le loup gris en langue kirghize – mais pour le jeu; un véritable sport national exercé partout dans la campagne et sur les alpages, avec le développement de races de chevaux particulièrement appropriées. Autrefois improvisé par des dizaines, voire des centaines de cavaliers se disputant un loup mort, le sport s’est organisé autour de fédérations nationales. Deux équipes de quatre joueurs se disputent la carcasse d’une chèvre décapitée et doivent la déposer, souvent en pleine course, dans le « taï kazan, » un but circulaire à hauteur de selle.

Le cavalier glisse la dépouille sous sa jambe pour pouvoir galoper au plus vite

Il y va de la fierté et du pouvoir de tout un clan, mais aussi du maintien de l’identité kirghize. « Le Kök börü est un composant essentiel de l’identité en Asie centrale », constate la chercheuse Carolyn Willekes. C’est un jeu réservé aux hommes courageux et maîtrisant parfaitement l’équitation à une, voire à aucune main. Il est impressionnant en effet de voir ces cavaliers se disputer cette lourde carcasse en pleine course, leur cravache entre les dents, s’obstruer le chemin à l’aide de leur monture qui peuvent se heurter violemment ou jouer de tactique et de positionnement de leur cheval pour favoriser leurs pairs. Les joutes sont toujours fair-play, mais non sans danger tant l’engagement des joueurs est total, en particulier à l’approche du but dans lequel les joueurs doivent projeter une carcasse pesant entre trente et quarante kilos.

Les affrontements sont extrêmement virils et non sans dangers, pour les hommes comme pour les bêtes

Avec le temps et le nouveau mode de vie sédentaire, les concours contribuent à l’amusement de tout un peuple. Ils étaient jadis organisés à l’occasion d’événements importants, mais sont devenus séances d’entraînements et compétitions organisées sous le nom de « Ulak-tartysh. » Ceux qui ont assisté à l’une de ces joutes gardent en mémoire des luttes viriles de cavaliers extrêmement agiles et courageux. À mes yeux, ce sport rude retrace la rudesse de la vie dans les campagnes d’Asie Centrale. Pas étonnant que les kirghizes tiennent à donner une image virile des portes-drapeaux de leur clan ou de leur village.

Il y va de l’honneur de tout un clan ou de tout un village
Que ce soit chez les hommes ou chez les chevaux, les joutes se regardent avec calme et fair-play
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Promenade glaciale

Le Kirghizistan connait un climat continental, sec, chaud durant l’été et froid durant l’hiver. Les rares chutes de neige stagnent de longues semaines sous le soleil peu ardent et la froideur, pour se transformer en une couche de grains transformés, roulant comme des billes. Les torrents et rivières se dotent d’une carapace de glace de plus en plus épaisse qui, souvent, masque le cours d’eau lui-même. Après quelques semaines, on ose s’y aventurer, non sans veiller à ses appuis. La ballade le long du torrent se transforme en un parcours sans cesse changeant, avec de nombreuses traversées non pas à gué mais à glace.

Les chiens sont innombrables au Kirghizistan, laissés à eux-mêmes en pleine campagne, mi-sauvages. Il s’en trouve souvent un pour vous accompagner et glaner quelque pitance à l’occasion de la pause pic-nique. Ce jour de décembre, « Pouch » nous accompagne le long du torrent de Churkunchark qui s’enfonce dans un vallon étroit… Curieux comme nous, prudent comme nous, plus à l’aise toutefois.

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Premiers weekends à skis: extraits filmés

Brouillard juste levé
Le givre habille la végétation automnale: frissons

Le Kirghizistan est une terre de contrastes, quelles que soient les saisons: en ce début d’hiver, les brouillards occupent la plaine de Bishkek, la capitale; il y neige, certes en petites quantités, et parfois le givre offre de magnifiques décors hivernal. À peine au-dessus de la couche nuageuse, le temps reste sec et le décor brunâtre. Retour à l’automne…

Plus l’on monte, plus la neige … diminue!

Sur le versant nord de la chaîne de Ala Too, la neige laisse croire à de bonnes conditions; détournez cependant la montagne et regardez les versants sud des sommets: toute la neige à disparu. Ce qui profite à la faune qui dispose d’immenses versants dégagés de neige pour brouter en toute quiétude. Plus l’on monte, moins il y a de neige fraîche. Un guide de montagne de la région m’explique que c’est toujours ainsi: en altitude la neige est soufflée par les vents et déposée sur les versants abrités. Dans le parc national de Ala Archa, il faut attendre le mois de mars avant de bénéficier de conditions de neige favorables. Alors essayons de nous rendre sur l’autre versant de la chaîne montagneuse.

La vallée de Suusamyr est au-dessus de 2000 mètres d’altitude; il y règne des températures glaciales, souvent les plus froides de la région. AUx alentours de la station de ski de Too-Ashu, il y a effectivement assez de neige pour chausser ses skis et s’aventurer sur les pentes. Certes le sol reste perceptible avec la pointe des bâtons et dans la descente, on pénètre jusqu’au fond. Mais ça passe…et nous ne sommes qu’au début décembre. Prudence toutefois à la descente: on skie sur la pointe des spatules! Après une première tentative en altitude, nous optons pour les alpages, moins rocailleux, où nous osons lâcher nos skis dans les premières courbes de cet hiver 2020/21.

Vidéo: https://vimeo.com/494393651

Autre contraste Kirghize, ce pays qui connaît un climat continental. Seule la proximité d’un lac met suffisamment d’humidité dans l’air pour générer de bonnes précipitations. Situé à l’Est du pays, le lac d’Issyk Köl est l’un des plus vastes aux monde. Sa présence génère un gradient positif d’humidité de l’ouest vers l’est et il faut se rendre sur ses rives pour trouver de la neige. Rien au début, mais plus on roule vers l’est, plus le décor se transforme, jusque dans la région de Karakol où se trouve l’une des rares stations de ski kirghizes. Nous nous arrêtons un peu plus tôt et optons pour la vallée sauvage de Jeti Ogyz. Une piste enneigée permet d’y pénétrer suffisamment pour découvrir des pentes skiables qui ne soient pas trop rocailleuses. Il y rôde des sangliers et des loups, nous dit-on. Nous n’y abandonnons que nos traces.

Vidéo: https://vimeo.com/494394824

Une vallée latérale de celle de Jeti Ogyz, avec un 5000m à l’horizon

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Pétroglyphes de Saimaluu Tash: le film

Après une première découverte de ce site incroyable et après m’être documenté, je suis retourné à Saimaluu Tash pour y tourner diverses séquences, selon un scénario pré-écrit. Le film donne quelques explications sur les plus de 90’000 gravures que présentent ces pierriers de basaltes oxydés. En fin de montage, Rahat, une scientifique kirghize, délivre ses impressions et rappelle combien la connaissance du passé importe pour approcher le futur. Durant mon séjour, plusieurs habitants de Kazarman, le village voisin, sont d’ailleurs montés découvrir pour la première fois les richesses de leur contrée. Voyage dans le temps en un pays où l’espace apparaît presque infini.

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Les petroglyphes de Saimaluu Tash

Nulle part dans la chaîne montagneuse de Fergana Kirka Toosu, qui sépare la vallée fertile de la Fergana des plaines arides du Kirghizistan central. Un vallon comme un autre au Sud de Kazarman. Un alpage en été, avec ses groupes de chevaux et un troupeau d’un bon millier de moutons bruns. Si la géologie n’en avait pas voulu autrement, ce vallon serait resté nulle part. D’autres régions voisines se sont vues gâtées de minerais d’Uranium et d’or. Mais pas Saimaluu Tash. L’activité volcanique a fait d’une partie de ce vallon qui culmine à 3600 mètres un glacier rocheux transportant des basaltes, bruns foncés, oxydés en noir brillant voir en bleu intense lorsque caressés par le soleil couchant. Suivant l’inclinaison de ses rayons, les multiples faces de ces cailloux dévoilent d’innombrables scènes gravées de la vie de tous les jours. Des scènes, pour certaines, vieilles de quatre mille ans, des premiers siècles de notre ère pour d’autres. Des représentations de la vie agreste, de chasse et de partage social. D’innombrables gravures préhistoriques, moyens d’expression de jadis, qui témoignent de temps fort éloignés. Et qui font de ce vallon un quelque part qui mérite l’attention des spécialistes du monde entier. Le site où l’on compte le plus grand nombre de pétroglyphes en Asie centrale.

L’été à Saimaluu Tash, deux mille ans avant notre hère, la vie ne devait pas être très différente d’aujourd’hui. D’innombrables moutons bruns paissaient sous la conduite de rares bergers dans des pentes couvertes d’oignons sauvages. Ces pasteurs devaient avoir beaucoup de temps une fois leur bêtes parquées dans un creux du vallon. Aussi, à Saimaluu Tash, se sont-ils mis a graver des scènes de leur quotidien sur cette roche noire qu’on ne trouve nulle part ailleurs: du bétail sous la conduite de bergers, des animaux sauvages chassés par des tireurs à l’arc, des scènes de vie sociale au voisinage des parcs à bétail, de rares scènes d’adoration et même des scènes érotiques lorsque le temps laissait loisir à leur phantasmes. Dans le pierrier d’apparence anodine se côtoient des ibex, des mouflons, des mammouths, des cerfs à la ramure spectaculaire, des boeufs et des chèvres aux cornes gigantesques: signes de la signification que les pasteurs de jadis attribuaient au bétail, ou de la renommée qu’ils comptaient s’attribuer à la garde de bêtes dotées de tels trophées. On compte presque cent mille gravures ancestrales sur les pierres de Saimaluu Tash – les pierres brodées en langue Kirghize – , auxquelles viennent malheureusement se rajouter quelques gravures, moins esthétiques, de visiteurs contemporains. Car le site n’est pas protégé. Il le mériterait pourtant grandement tant son importance paraît mondiale aux yeux des spécialistes. Heureusement qu’il n’est atteignable qu’en plusieurs heures de marche.

Seul sous ma tente au bord d’un petit lac, les moutons sont suffisamment descendus pour que je n’entende plus leurs bêlements incessants. Dans les rochers me dominant, un grand oiseau lance des cris qui pourraient s’avérer inquiétants pour un intrigué qui résiderait sur ce site mystérieux. Au petit matin six orages consécutifs déferlent sur le site et y déposent cinq centimètres de grêle. Signe des dieux? Je peine pourtant à déchiffrer de nombreuses scènes d’adoration sur les roches de basalte. Un homme soleil de ci, de là, des hommes armés dansant ou implorant je ne sais quelle divinité. Les interprétations pourraient être nombreuses. Mieux vaut se cantonner à l’évidence.

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Ski de rando au Kirghizistan

De la neige légère par des températures pouvant descendre à -30°

À l’ouest de la chaîne de Ala Too, perchée à plus de deux mille mètres d’altitude, la haute vallée de Sussamyr offre un décor hivernal ydilique en ce mois de février. Un micro-climat y fait régner une inversion de température qui garantit une neige poudreuse, mais aussi de très basses températures dès que le soleil est masqué par des nuages. La nuit au fond de la vallée, le thermomètre peut atteindre les -40°. Mais la journée sur les hauts offre des températures hivernales agréables pour la randonnée à ski, pour autant que le vent du Nord ne soit pas de la partie.

Petite illustration filmée de deux journées de fort belle randonnée dans l’arrière pays, seuls au monde:

Au Kirghizistan, il ne neige pas énormément mais les températures restes froides en altitude et la neige ne se tranforme guère. Pour ne pas trop s’enfoncer dans ces neiges poudreuses ayant peu de cohésion, il est nécessaires de monter sur des skis suffisamment larges. S’il neige de grosses épaisseurs, il faut s’abstenir de parcourir des pentes trop raides où les couches de profondeurs granuleuses présentent des faiblesses quasi permanentes. Seul le vent, en altitude, permet de tasser quelque peu la neige. Aussi peut-on dire qu’on Kirghizistan, le vent n’est pas que l’architecte des avalanches, mais parfois aussi un facteur de consolidation favorable du manteau neigeux.

La haute vallée du Suusamyr et son climat froid, favorable au ski de randonnée
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Chasse à l’aigle

Le vent froid descend des montagnes dans la vallée de Tyyra Cyy où habite Aitbek , sa femme Gylnaz et sa famille. Isolée de tout, leur petite ferme compte une baraque rudimentaire en plus de l’habitation et de l’étable; y logent deux aigles apprivoisés. Un premier cri raisonne; un deuxième cri lui fait écho. Les aigles observent tout mouvement autour de la maison et se manifestent derrière le fin grillage qui leur fait office de fenêtre.

Hier soir, sous le regard attentif d’un hôte inattendu, Gylnaz, son frère et sa fille ont préparé de succulents Mantis, des raviolis frais fourrés de viande hachée, de patates et d’oignons. Un faucon, exceptionnellement, siège sur l’accoudoir du fauteuil, à l’intérieur du séjour qui sert également de cuisine. Aitbek prend place dans le fauteuil et caresse longuement le rapace en vérifiant que ses plumes soient bien ordonnées. Au sol, un plastique protège le tapis des fientes que le rapace éjecte à espaces réguliers. La seule pièce de la maison est chauffée par un poële dans lequel on glisse régulièrement des bouzes séchées. Pas besoin de charbon dans la maison de Aitbek, le chasseur à l’aigle et au faucon. Les vaches fournissent le précieux combustible.

Dans les campagnes, les Kirghizes ne se lèvent guère aux aurores, en raison du froid mordant. C’est jour d’entraînement à la chasse pour Karachin, l’aigle âgé de quatre ans que Aitbek prend en charge sur son gant de cuir rembourré. Demain ce sera le tour de son second aigle, le plus âgé pour une chasse à cheval. Pour calmer l’impatience du jeune rapace et l’empêcher de voir autour de lui, Aitbek le coiffe d’un masque aux vastes globes oculaires. Il passe chercher le jeune confrère Azamat au village, avec son aiglonne Tcharilgan, âgée de quatre ans elle aussi, mais plus grande que le mâle Karachin. Tous deux embarquent à l’arrière du véhicule pour la côte sud du lac Issyk Köl. Une chasse au chacal est au programme du jour.

Pour lui permettre de soutenir avec un seul bras les 5 kilos de son aigle durant les longues heures de marche que peut durer une chasse, Aitbek s’aide d’une fourche encastrée dans la grande boucle dorée de sa ceinture. Les deux couples de chasseurs arpentent un vaste décor de terre ocre et jaunâtre ainsi que de pierres roulantes, sous les cris aigus des deux aigles. Sur les bords du vaste plateau sommital se découpent de profonds vallons dans lesquels pourrait se cacher quelque chacal. À chaque fois se déroule le même rituel: une approche prudente de la crête suivie de l’observation attentive du ravin. Parfois Aitbek ôte le masque pour permettre à l’aigle de s’acclimater à l’environnement, mais surtout de déceler lui-même, et ce bien plus efficacement, quelque animal se déplaçant alentour. Azamat fait rouler des blocs de rocher dans l’espoir de dénicher une proie.

En vain… De colline en vallon, de crête en ravin, la région est passée au crible des fins limiers, sans succès; pas de chacal en vue. Aitbek se résout à déposer son aigle au sol; il le démasque et s’éloigne en l’appelant régulièrement. Suffisamment éloigné de son protégé, il agite son gant pour l’inciter à le rejoindre. Tout en le suivant du coin de l’oeil Karachin préfère scruter le sol autour de lui, dans l’espoir d’y trouver maigre pitance. Lorsque enfin il décolle, le rapace brun doit largement battre des ailes pour rejoindre son propriétaire. Les courants thermiques sont absents de ces froides journées d’hiver. De son côté, Azamat laisse son aigle planer dans le décor aride. Pour le stimuler à revenir vers lui, il place un pigeon mort dans son gant, que Tcharilgan rejoint de puissants battements d’ailes et dévore à coup de bec rageurs, tout en s’aidant de ses serres acérées. Dûment masqué, Karachin ne peut observer sa consoeur se rassasier mais il perçoit parfaitement ce qui se déroule et réclame à coup de cris aigus. Aitbek tient à le garder affamé, si jamais… le repas sera pour plus tard. Après plusieurs heures à arpenter le relief, bredouilles, les deux paires s’en retournent. Peut-être demain sera-t-il plus fructueux, plus haut dans les montagnes où rôde le renard roux?

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Début de saison

À quelques reprises la neige a blanchi les sommets, mais pas en suffisance pour chausser ses skis. Début décembre, il a fallu partir vers l’Est, vers Karakol et Jyrgalan, pour trouver une belle couche de poudreuse. Premier essai à proximité de la station de Caprice, mais on y sent le sol à chaque planter de bâton. Le petit village de Ichke-Jergez nous accueille pour la nuit, parmi les vaches et les chevaux qui trouvent encore maigre pitance à proximité des habitations. Départ pour les hauts de bonne heure le lendemain, parmi de nombreuses traces de bétail qui courent la steppe recouverte de 15 centimètres de neige. Inutile de chercher un itinéraire précis sur la carte topographique au 1:100’000; il faut ici faire confiance à son sens du terrain, se laisser parfois guider par ce dernier, puis par une piste de débardage de bois qui nous conduit sur une crête forestière. Les paysans sont montés jusqu’en lisière de forêt avec leur chevaux pour rapatrier les gros troncs qu’à l’automne ils ont coupés. Ici les arbres couvrent de vastes surfaces et les fermes se chauffent au bois. Un bon baril de une à deux tonnes permet de passer l’hiver au chaud, nous confirme le sympathique paysan qui nous invite à partager le thé dans sa demeure à la température plus qu’agréable. Mais quel labeur auparavant pour arracher à la montagne ces mastodontes avec la seule aide de son cheval! Celui-ci doit être dûment ferré, pour tracter de tels poids sur la glace et la neige qui offrent une surface de glissement idéale.

Après une longue montée sur le village de Ichke Jergez, les neiges deviennent immaculées.

Bientôt les neiges sont immaculées, sans aucune trace, même pas de renard ou de lièvre. Nous voici seuls en montagne, plus seuls que d’habitude car les bergers ont quitté la steppe. Plaisirs de la randonnée aux confins du pays, dans un décor toujours plus hivernal, que quelques coulées ont strié lors de la toute première chute de neige tombée sur un sol uniformément et profondément gelé. Descente agréable dans une couche suffisante pour se laisser aller sans aucune crainte du sous-bassement.

Sensations hivernales retrouvées, magnifiées même dans ce pays vaste et encore plus sauvage lorsque recouvert d’une neige qui reste longtemps fraîche grâce au froid persistant. Le troisième jour nous voit arpenter les pentes de Jyrgalan, haut lieu de la randonnée hivernale, non loin de la frontière avec le Kazakhstan, mais pas encore dans le massif de Muz-Too, à l’extrême Est du pays, où se trouvent les plus hauts sommets du pays, le Khan Tengri, 6995 m et le Pobeda 7439 m. Jusqu’ici nos sorties se sont limitées à des sommets de 3’400m d’altitude. Tout là-haut, c’est une autre histoire…

3000 mètres, avec vue sur la plaine de Ichke.Jergez
Longue montée au-dessus du village de Ichke-Jergez
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Transhumance: le film

Lac de Köl Suu

Un film de 14 minutes illustre la transhumance automnale de Meder et de Artouk, deux bergers kirghizes, avec leurs troupeaux de vaches, de moutons et leur chevaux, sur plus de 100 km su départ du lac Köl Suu. Pour l’occasion, ils étaient accompagnés de 7 touristes sur leur chevaux. à voir sur: https://youtu.be/E4X4NbjAPBs

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En transhumance

Chance nous a été donnée de contempler la chaîne frontière avec la Chine dans le soleil couchant

Ce soir, la voie lactée est encore plus belle. Aucune lumière parasite ne vient troubler la vue de cet espace infini où la pensée peut s’évader sans que l’imagination ne lui impose de limite. Le firmament nocturne est le miroir idéal de la steppe kirghize, qui étend sa sécheresse saisonnière de plaines en collines, dans le silence indicible d’une longue page blanche.

Pour l’instant, dans la yourte voisine de nos tentes, quelqu’un chante la prière du soir. Nous sommes sept étrangers à chevaucher aux côtés de Meder et ses treize vaches; sept heures durant, en compagnie de Rahat, accompagnatrice Kirghize mandatée par le tour opérateur Nomadsland, qui a mis cette expédition sur pied. Depuis les environs du lac Köl Suu, notre convoi a tout d’abord suivi la rivière Ak Suu et ses beaux méandres pour remonter des pentes abruptes dévalant entre des rochers dénudés. Y voir Meder et son collègue berger venu l’aider pour ce passage délicat, c’est assister à une démonstration de maîtrise équestre. Les kirghizes tiennent les rennes de leur seule main gauche, l’autre actionnant une cravache rudimentaire de corde et de bois. Faire remonter un tel talus à des vaches guère dégourdies semble de la routine pour eux, alors que, inquiétés par la pente, nous nous agrippons d’une poigne craintive à la selle de nos montures. Leurs chevaux, placides, réagissent aux ordres « à la baguette. »

Y voir Meder et son collègue berger venu l’aider pour ce passage délicat, c’est assister à une démonstration de maîtrise équestre.

Après une chevauchée sur un vaste plateau parsemé de rochers nous rappelant l’île de Pâques, nous avons rejoint une plaine encore plus vaste, où aucun arbre n’osait rompre les lignes fuyantes. Il y a quatre jours que nous n’avons plus vu aucun arbre! Une équipe de ravitailleurs nous y a précédés avec son camion chargé des affaires du bivouac. En lieu et place d’un hypothétique centre culturel d’Ak Cyy qu’indique la carte topographique, un étalon solitaire est venu signifier de manière vindicative à nos chevaux qu’ils évoluaient sur ses terres. Un délicieux plof chaud nous a procuré une énergie nouvelle pour le reste de l’après-midi. Après une longue combe en pente douce suivie par un petit plateau – petit à l’échelle kirghize – parcouru de torrents asséchés et creusé d’autant de combes à l’herbe rase, chance nous a été donnée de contempler la chaîne frontière avec la Chine dans le soleil couchant. De quoi oublier le malaise de nos séants! Autant dire que la découverte de la yourte de nos hôtes du soir nous a soulagés… nous et nos muscles courbaturés!

Ici, au milieu de nulle part, la famille de Artouk a vécu durant six mois d’été avec un enfant de moins d’un an, leurs 750 brebis, leurs vaches et leurs chevaux. Leur yourte se veut moderne avec son petit panneau solaire alimentant un éclairage rudimentaire et sa structure métallique entourée d’anciennes bâches publicitaires, en lieu et place des traditionnels tapis. Sur le côté droit de l’entrée brûle un feu réconfortant dans un fourneau en fonte alimenté de bouzes de vaches séchées. Repas simple mais suffisant, dans une ambiance sympathique, partagé à même le sol recouvert d’un tapis par huit nomades kirghizes et sept touristes, autour d’une toile servant de table. Intrigués par leurs conversations en langue kirghize, nous leur demandons si nous ne sommes pas intrusifs. Ils nous expliquent leur hospitalité traditionnelle: ils peuvent aller n’importe où dans les montagnes du pays et se faire héberger par leur pairs pour la nuit. Si quelqu’un les visite, ils l’hébergeront. Plus il y a d’hôtes sous leur toit, plus ils se sentent honorés. Alors Artouk, sa femme et ses aides ne nous cachent pas leur plaisir de cette veillée. Demain nous reprendrons la piste tous ensemble et conduirons, trois jours durant, le troupeau dans l’immensité brune de la steppe automnale.

Hospitalité traditionnelle kirghize: ils peuvent aller n’importe où dans les montagnes du pays et se faire héberger par leur pairs pour la nuit. Si quelqu’un les visite, ils l’hébergeront.
L’éclaircie du matin a ainsi eu tout le loisir de disparaitre.

Dans le soleil levant, cinq agneaux juste nés réclament leur mère. Pendant que nous plions le camp, les bergers les font allaiter par leur mère brebis, puis partent à cheval rassembler les moutons qui ont profité de la nuit pour quêter herbage. La femme de Artouk trait quelques unes des 30 vaches, alors que son mari repart chercher une poignée de chevaux blancs se cachant dans une combe discrète. L’éclaircie du matin a ainsi eu tout le loisir de disparaitre. La neige nous pousse durant les premières heures du pensum du jour, dos au vent, fort heureusement.

Puis le soleil alterne avec la pluie sur les quelques 20 km qui restent à accomplir. La progression est ponctuée de quelques bêlement et du spectacle divertissant, presque charmeur, de ces rondeurs bien grasses des croupes des brebis dodelinant au rythme de la marche.

Les agneaux juste nés sont chargés sur le pont du camion, en compagnie des biens que toute la famille a utilisés durant l’été sur l’alpage. Si une bête boîte trop, Artouk la saisit par sa laine, sans descendre de cheval et la transporte sur sa selle jusqu’au camion. Ces journées sont rudes pour nos postérieurs également, mais surtout pour nos genoux bien sollicités. Une fois le poste de contrôle marquant cette zone frontalière franchi, le col de Kyndy accède à une vallée escarpée, que tout le convoi descend sous la neige, au crépuscule. Terre grasse et pierres qui roulent accompagnent les cris stridents des bergers: « tchou! » pour les chevaux, « ossch! » pour les vaches et « drrrrriii ! » pour les moutons. Sans compter les instructions que Meder et Artouk nous donnent de temps à autres pour éviter à notre monture toute glissade impromptue. Précautions quasiment superflues tant nos chevaux ont le pas sûr dans un tel terrain. Artouk, lui, est époustouflant de puissance et d’aisance aux rennes de son cheval blanc, fougueux mais très efficace. Peu importe le talus, la raideur du terrain ou son état, il dirige sa monture avec vitesse et précision pour ramener sur la piste les bêtes qui s’en écartent. Plus il arrive vite, mieux le bétail lui obéit, alors qu’il a déjà fait volte face pour en ramener d’autres au sein du troupeau.

Si une bête boîte trop, Artouk la saisit par sa laine, sans descendre de cheval et la transporte sur sa selle jusqu’au camion.

Les kirghizes n’appellent pas un cheval blanc en évoquant sa couleur, car cela pourrait lui enlever ses propriétés bénéfiques.

Les agneaux juste nés sont chargés sur le pont du camion, en compagnie des biens que toute la famille a utilisés durant l’été sur l’alpage.

Nous avons tout juste le temps de monter la tente avant la nuit complète, mais surtout avant la nouvelle averse généreuse qui nous surprend, debout sous une toile plastique tendue entre deux véhicules, percée justement au-dessus du repas chaud que nous partageons autour du poêle de fonte. Imperturbable, la cuisinière tient son enfant d’un bras et nous sert le thé réconfortant. Les désagréments de tels moments passés ensemble contribuent à l’atmosphère amicale et à la bonne ambiance qui nous accompagne tout au long de notre périple.

Expérience vraiment inédite que cette transhumance, au son du pas des bêtes et des chansons kirghizes que fredonnent les bergers, heureux d’être là. Le tout dans un paysage dont les beautés nous sont aujourd’hui restées cachées. Elle se dévoilent le lendemain, alors que nous cheminons en parfaite sérénité avec le troupeau. La plaine est échancrée, personne alentours et les sommets enneigés brillent au soleil. En pleine méditation itinérante, j’explique à Rahat qu’initialement tous les habitants de cette terre sommes issus de pèlerins en provenance d’Asie Centrale et d’Ethiopie. Elle me répond: « welcome home. »

Vient une gorge à descendre le long d’une route taillée dans une forêt de conifères, avant de gagner une plaine sans fin apparente, en vue de grandes fermes et d’un village. Ce midi, les bergers n’ont pas pris leur repas car les bêtes, chaudes, désiraient poursuivre leur chemin. Lors de la dernière heure de chevauchée, Artouk m’apprend une chanson Kirghize, Жамгыр төктү – Jamgir Tektou, un classique, sous la pluie et le vent qui n’ont pas manqué de survenir au moment du souper. Le texte rappelle à la jeunesse du pays que la pluie, comme les moments rudes, ne durent jamais, et qu’après le mauvais temps vient l’éclaircie. Elle est en tous cas dans les coeurs de sa famille, heureuse de rejoindre son village après six mois passés sur l’alpage. Aucune perte de bétail n’est survenue, elle pourra les rendre à la dizaine de voisins qui les lui ont confiées, sans aucun dédommagement dû aux loups ou à d’autres impromptus. Ce soir, alors qu’il pleut au dehors, les brebis entourent nos tentes et vitupèrent contre ce temps humide. Les bergers gardent un œil sur elles durant toute la nuit, dormant d’une oreille sous une seule tente, blottis dans des sacs de couchage rudimentaires. Il faut être robuste pour exercer le métier de berger en Kirghizie! Et Dieu sait si il y en a, des bergers à cheval en Kirghizie…

Il faut être robuste pour exercer le métier de berger en Kirghizie!

Notre dernière journée de transhumance débute sous un reste de neige et de brouillard, avant que le soleil ne nous réchauffe. Les derniers 25 kilomètres nous mènent jusqu’à Birlik, le village de Meder. Nous traversons fièrement un premier village sous le regard amusé des Kirghizes devant ces bergers colorés et casqués, qui pourtant se débrouillent pas mal sur leur monture pour faire avancer le troupeau. Les vrais bergers, eux, profitent de notre présence pour saluer les amis, bavarder un petit coup sur l’été qui s’achève, voir pour séparer quelques bêtes et les rendre à leur propriétaire. À Birlik, point final de notre périple de cent vingt kilomètres, nous sommes reçus dans la maison du frère de Meder par leur père, dûment coiffé de son Ak-Kalpak, traditionnel chapeau Kirghize, qui nous adresse un prêche, une moitié en russe et l’autre en kirghize, sur les bienfaits de l’Islam. Une première douche depuis une bonne semaine peut être prise dans une variante du sauna russe, surchauffée, qui fait grand bien à nos carcasses endurcies – un peu – au grand air de la transhumance.

Nous traversons fièrement un premier village sous le regard amusé des Kirghizes
Dûment coiffé de son Ak-Kalpak, traditionnel chapeau Kirghize, le père de Meder nous adresse un prêche, une moitié en russe et l’autre en kirghize, sur les bienfaits de l’Islam

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Meder Tolokov, le berger

Le berger Meder vit à plus de trois mille mètres d’altitude, en un lieu reculé de Kirghizie. Rien ne le distingue au premier abord de tous ses pairs, car le Kirghizistan abonde de lieux reculés. En compagnie de sa femme Jazgoul, de son fils et des ses trois toutes jeunes filles Nour Aïda, Nour Annia et Nour Baïke, ses étés se déroulent paisiblement aux pieds d’une chaîne de montagnes qui, sur des centaines de kilomètres fait frontière avec la Chine. Quelques jours passées en leur présence nous font découvrir des êtres chaleureux et bons vivants. Descendant de générations de berger, toujours le sourire aux lèvres, Meder a le teint hâlé des gens qui passent toute l’année en plein air. L’œil malicieux du chasseur capable de localiser le gibier dans de vastes alentours. Le petit mot d’humour que notre méconnaissance de la langue kirghize ne nous permet pas de comprendre, mais qui répand rire et bonne humeur dans l’assemblée. Il a la stature solide, mais la gentillesse de l’homme des montagnes qui aime partager le pays qu’il aime.

Meder et ses deux aides indispensables à son travail de berger
Jazgoul et deux de leurs filles

Son pays, c’est des montagnes à perte de vue, une rivière qui méandre selon ses caprices dans une vaste plaine. Au printemps lors de la fonte des neiges, les eaux peuvent se montrer menaçantes. Elles sont canalisées par des collines brunâtres, où paissent moutons, vaches et yacks. Des bêtes tenaces et sauvages que ces yacks; le froid continental ne saurait les effaroucher, pas plus que les loups, lorsque la neige les incite à rejoindre les contrées moins hostiles.

Son pays, c’est des montagnes à perte de vue, une rivière qui méandre selon ses caprices dans une vaste plaine

Une année ces derniers lui ont prélevé cinq chevaux. Ils les chassent en meute; un loup saisit le poitrail, l’autre croque le ventre et le cheval, déstabilisé, est mis à terre. Ce qui ne peut arriver au yack, beaucoup plus stable sur ses pattes, qui en plus sait se défendre.

Des bêtes tenaces et sauvages que ces yacks, à l’aise dans les pentes les plus abruptes

Alors Meder part parfois à la chasse au loup avec ses trois chiens kirghizes, qui s’apparentent à des lévriers. En plus d’une habileté certaine à conduire les troupeaux de moutons, ce sont des bêtes sveltes, nourries juste ce qu’il faut. Capables de courir très vite, les chiens mordent une patte arrière du prédateur, la relâchent en piteux état lorsque le loup fait volte-face et poursuivent la traque en mordant le loup à l’autre patte arrière. Ils immobilisent ainsi son train arrière, puis la bête en entier. Pour nous, faute de démonstration, ces chiens s’apparentent à de gros malins, qui parviennent à se glisser dans notre yourte à la nuit venue, et même, pour les plus hardis, à tenter de se coucher sur nos couvertures.

À nos yeux ces images de chasse restent imaginaires… jusqu’à cette nuit d’octobre où nous sommes réveillés par une complainte de sons aigus provenant de la montagne voisine. Une drôle de sensations nous donne la chair de poule. Une meute de quelques loups hurle sa présence à tous vents. Ils sont bien là, ces loups, à quelques centaines de mètres! Un jour peut-être serons-nous confrontés à symboles vivant de la montagne sauvage? Pour le moment, ce sont les chiens qui réagissent à coup d’aboiements féroces… sauf celui qui s’est glissé dans notre yourte, que nous devons expulser pour qu’il exerce son rôle de chien de garde et se hasarde à un timide jappement. Au petit matin, les hurlements n’ont guère semé de panique dans les troupeaux: chaque bête est à sa place; Meder ne les a même pas entendus! Son frère, lui, en estime le nombre à quatre ou cinq. Quelques jours plus tôt, réveillé en pleine sieste, il en avait vu deux à trente mètres de distance.

Meder et son frère passent aussi leurs hivers sur les hauteurs, bien que nombre de leurs pairs aient déserté la contrée. Point de bêtes à traire; accrochés aux pentes abruptes, les yacks se débrouillent tout seuls, même s’ils gardent sur eux un oeil constant; mais, depuis quelques années, des visiteurs à héberger, à nourrir et à guider alentours.

Meder et son frère passent aussi leurs hivers sur les hauteurs

Ce changement, Meder le doit au lac Köl Suu, situé à proximité. Un lieu de beauté sauvage, encastré entre de hautes falaises. Un lieu puissant, mystique même. Au XVe siècle, ou peut-être avant, nul ne sait, un énorme éboulement à obstrué cette étroite vallée, la rendant impraticable. Un lac long de douze kilomètres s’est vite accumulé derrière le cône de rochers, n’abandonnant à l’eau qu’une petit ressurgeance bien plus bas, où naît la rivière Köl Suu.

Le lac spectaculaire de Köl Suu, dans le massif frontalier avec la Chine de Kak Shala

Ce lac spectaculaire constitue un unique joyau que les Kirghizes eux-mêmes viennent admirer depuis fort loin, ainsi que des touristes de plus en plus nombreux. Parfois, de riches chasseurs étrangers font appel à Meder pour localiser le fameux Ibex, ou les Marco Polos, des bêtes protégées à un million de soms chacune. Alors, pour la belle saison, il a aménagé des yourtes supplémentaires à celle de sa famille, un dizaine au total. Ainsi qu’une roulotte pour faire la cuisine, car il y a de la tâche pour accueillir tout ce monde. Lorsqu’il le pourra, il achètera un ou deux chameaux. Maintenant que les premières neiges font leur apparition, il plie ses yourtes, une à une, et les range dans une maison héritée d’un ancien kolkhoze russe qu’il a pu acquérir. Son fils est déjà parti il y a quelques semaines, école oblige; sa femme et ses trois filles partiront dans une quinzaine de jours.

Meder plie ses yourtes, une à une
Voir l’animation sur: https://youtu.be/a6SmCzwxY2w

Aux derniers rayons du jour, Meder et son frère partent au-delà des premières collines, ramener le troupeau de moutons et les mettre à l’abri de tout prédateur dans leur enclos. Les chevaux sont entravés, pour qu’ils ne s’éloignent pas trop durant la nuit, alors que la petite quinzaine de vaches ne s’aventure guère au delà des prairies voisines. Tourisme oblige, Meder a adapté sa manière de travailler. Nous sommes sept visiteurs occidentaux qui allons l’accompagner à cheval lors de quatre journées de transhumance et l’aider à guider son troupeau de vaches et de moutons. Le soir venu, Meder allume le poêle dans chacune des yourtes alors qu’à la cuisine Jazgoul a préparé le plof traditionnel: de la viande de mouton, des pâtes ou des patates cuites dans un bouillon gras, agrémenté de quelques légumes. La table est simple, les sucreries abondantes. Les enfants en profitent sous l’oeil bienveillant de leurs parents. À peine capable de tenir debout, la plus jeune tient absolument à se débrouiller toutes seule. La convivialité est bien présente. Meder parle de son métier, de ses bêtes et de la région qu’il aime. Il a le langage factuel des gens de la montagne pour qui tout est dicté par la nature et le temps qui passe. Une vie simple d’apparence mais qui ne dit pas la rudesse de l’hiver et le labeur quotidien pour satisfaire ses hôtes. Au petit matin, les bergers sont partis de bonne heure ramener tous les chevaux. Meder nous explique le comportement de base et même le noeud spécifique pour entraver leurs pattes avant lors des arrêts de longue durée. Pour nous accoutumer à nos montures, il nous fait découvrir la puissance du lac Köl Suu. Dominé par des falaises vertigineuses, que parcourt en long et en large un groupe de vautours. Les chevaux à la pause se restaurent d’herbe sèche. Aux confins du Kirghizistan, dans un silence absolu, nous contemplons cette nature à l’état pur.

Chaque fois que Meder arrive sur la rive de Köl Suu, il s’assoit paisiblement sur un rocher et contemple l’étendue turquoise parcourue par le vent. Un courant de liberté qui le laisse songeur, simplement heureux d’être là…

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Hospitalité en terre Kirghize

Yourte sur les rives du lac Song Köl, Kirghizistan

Quelque part égaré dans l’une des innombrables vallées kirghizes…la carte, pas plus que le GPS, ne me servent pour trouver le col à franchir. Surgit de je ne sais où un jeune cavalier sur sa monture, en train de veiller sur son troupeau de moutons. Il vient à ma rencontre: poignée de main traditionnelle, avant de me remettre sur le bon chemin. Non sans m’avoir demandé d’où je viens, où je vais, quel est mon âge, si j’aime le Kirghizistan et combien coûte la montre que je porte à mon poignet: scène de rencontre traditionnelle. Difficile, à la bonne saison, de se perdre dans les montagnes kirghizes. Souvent surgit sur une arête, en ombres chinoises, un berger sur son cheval, avec un ou plusieurs chiens, et de nombreuses têtes de bétail. Les chevaux, les vaches avec leur veaux peuvent être parfois laissés à eux-mêmes. Les moutons par contre nécessitent un gardiennage constant. Chiens et berger agissent de concert pour conduire le troupeau.

Famille kirghize lors de l’estivage du bétail à 3000m d’altitude

Faute de véhicule me permettant d’accéder à certaines régions reculées, je me contente de sorties à la journée sur des alpages peuplés par des nomades dans leur yourtes. À la recherche d’un col, je m’approche de l’une d’entre elles pour me renseigner. La femme qui m’accueille m’invite rapidement à m’asseoir et me sert un bol de Kummis, cette boisson légèrement alcoolisée, faite à partir de lait de jument fermenté. Par bienséance, je ne saurais refuser malgré son goût acidulé. Par la même occasion je fais le plein de vitamines et de corps gras, absents dans la nourriture traditionnelle.

Le jeune homme est fier de me montrer comment, à l’aide de sa cravache, il maîtrise son fougueux étalon
Prédateurs obligent, les troupeaux sont ramenés le soir près des yourtes

Partage haché de quelques mots de russe qu’elle et moi connaissons: je ne parle pas Kirghize. Accouru sur son cheval, le fils a tôt fait de m’indiquer le bon passage, par bonheur également inscrit en Kirghize sur ma carte. Il m’accompagne même, fier de me montrer comment, à l’aide de sa cravache, il maîtrise son fougueux étalon.

Les kirghizes montent à cheval dès leur plus jeune âge

Après une longue journée de marche, je parcours le village de Jany Talap à la recherche de la seule auberge; sans succès je me résous à demander mon chemin. Une femme m’invite spontanément à passer la nuit dans sa maison. La famille m’accueille et me sert le thé, me demande si j’ai mangé. La fille par bonheur parle russe et nous nous débrouillons pour organiser mon retour sur Bishkek le lendemain. Il se fera à bord d’un marchroutchka, transport public par excellence. Puis elle m’indique ma chambre recouverte et tapissée de beaux et grands tapis de laine. On dort au sol dans les familles paysannes, mais bien au chaud. Le reste de la famille se serre dans les pièces annexes, femmes d’un côté et hommes de l’autre. Au petit matin, on me sert le déjeuner avant d’attendre, longuement mais ensemble, le minibus qui va chercher les gens devant leur domicile.

Mes premières expériences d’hospitalité sont empreintes de bonhomie grâce au sens inné de l’accueil des Kirghizes habitant la campagne.

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Le dragon pétrifié de Skazka

Le dragon s’est pétrifié en bordure du vaste lac d’Issyk Kul

Dans la légende russe, les formes du canyon de Skazka évoquent un conte de fée. Diverses formations taillées par l’eau, les glaces et les vents prêtent au mysticisme alors que certaines silhouettes figées dans le sable interpellent: on y trouve un pharaon contemplant le couchant, accompagné de sphinx et de lions rugissants parmi quelques chameaux, poissons marteaux ou dinosaures égarés.

L’une des têtes du dragon pétrifié
Pharaon des sables
Poisson marteau
E.T. Home
Sphinx sur ses gardes

Dans la nuit des temps, alors que le lac Issyk Kul n’avait pas encore inondé de riches et puissantes cités, un mystérieux dragon à sept têtes se serait épris d’une belle jeune-fille. Essuyant son refus, il promit à la contrée un funeste devenir. Chaque nuit de pleine lune, un de ses puits risquerait de l’inonder. Puis le géant s’endormit. Avisés, les habitants veillaient; chaque lune pleine, ils recouvraient leurs puits de couvercles dorés. Son tour venu, la belle oublia le funeste présage et l’eau enfouit à jamais ces contrées. À son réveil sur les collines de Skazka, le dragon se pétrifia d’horreur à la vue de l’étendue du lac se découpant au pied de la chaîne de Küngöy Alatoo. C’est son corps figé à jamais que l’on parcourt par les vallons déchirant ses entrailles.

Entrailles de pierre

Telle une colonne vertébrale, une double paroi de rocs courbés évoque la grande muraille de Chine. Mais si l’on oublie la légende, la géomorphologie du lieu raconte une longue histoire: celle d’une terre atteinte de la lèpre. L’érosion a patiemment mis à jour quelques couches de minéraux hétéroclites. Plus compactes que le sable, certaines contiennent des minerais différents des collines environnantes.

Cette terre atteinte de la lèpre

Lorsque les rayons du soleil effleurent le relief, la terre craquelée dévoile ses chairs mises à vif. Des roches striées de jaune évoquent de sulfureuses réminiscences, parcourues de boursoufflures rougeâtres. Ces convulsions terrestres rappellent le passé tourmenté de ce lieu de légende.

Passé tourmenté de ce lieu de légende
Des roches striées de jaune évoquent de sulfureuses réminiscences, parcourues de boursoufflures rougeâtres.
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L’alpage sur les rives du lac bleu

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Les yourtes sur le rivage du lac Song Kul

Couleur bleu pâle, lové au milieu des montagnes brunâtres, le lac de Song Kul est immense, imprégné de silence et de beauté. Pour accéder aux yourtes qui se trouvent sur ses rives, je rejoins une vallée verdâtre parsemée de vaches et de chevaux. Les paysans sont à l’alpage, au « Jailoo », avec famille et troupeaux. Ils ont monté leur habitation traditionnelle à proximité du ruisseau et creusé un coin toilette à l’écart.

Les bergers à cheval réunissent les troupeaux avant la nuit
Les paysans ont monté leur habitation traditionnelle à proximité du ruisseau, creusé un coin toilette à l’écart et amarré quelque jeune veau ou agneau à un pieu.

De rares chevaux ont le train avant entravé « pour éviter qu’ils ne rejoignent leur écurie dans la vallée. » Devant sa yourte, une femme trait une jument. Avant le crépuscule, quelques cavaliers réunissent à grands cris les divers troupeaux dans un nuage de poussière. Avec la fraîcheur qui s’installe, l’alpage se prépare à passer la nuit sur les bords du lac brassé par une houle régulière.

Devant sa yourte, une femme trait une jument. De son lait fermenté sera tiré le Kumiss, traditionnelle boisson kirghize
Traite des vaches au lever du soleil par Aïnura

Elnour (Элнур), le fils de Aïnura (Айнyра) et de Nurbek Nouradiln (Нурбек Нурадилн) nous accueille à leur camp de yourtes: cela faisait déjà quelque temps qu’il nous suivait à la jumelle. Baïkal (Байкал), le plus jeune des fils a le nez collé à son portable, malgré l’absence de réseau. Les noms Kirghizes ont tous une signification: Aïnura signifie « Rayon de lune » et colle bien à notre hôte qui a le sourire collé aux lèvres. Ce soir elle nous prépare un poisson pêché le matin même dans le lac. Exceptionnellement invités dans sa yourte-cuisine, nous assistons au débit du gros poisson, tiré du lac ce matin et qu’elle nous sert au repas. Préparée avec goût, sa chaire succulente nous ravit. C’est l’anniversaire de Baïkal, qui a droit à un gâteau et à une séance équestre dans un crépuscule sans lune.

D’aspect uniformément blanchâtre vues de l’extérieur, les yourtes s’égaient à l’intérieur

D’aspect uniformément blanchâtre vues de l’extérieur, les yourtes s’égaient à l’intérieur. Le sol et les parois sont recouverts de tapis kirghizes aux motifs symboliques et colorés. Les piliers de bois rouges qui constituent la structure font de toute yourte un lieu d’accueil chaleureux. Le dessin des piquets de bois a même inspiré le drapeau national. Cette nuit cependant, c’est l’extérieur qui me ravit: aucune source de lumière ne vient empêcher l’observation de la voie lactée, de ses astres et étoiles innombrables. Sentiment d’habiter un lieu puissant où règne une énergie positive.

Aucune source lumineuse ne vient gêner l’observation de la Voie Lactée

Au réveil le bétail a déjà retrouvé ses pâturages. Le lac paisible invite à la méditation. Il fait encore un peu frais pour s’y baigner. Aïnura trait les quelques vaches encore attachées, puis met le lait à chauffer sur le fourneau de fonte. Pour alimenter le feu, point de bois, inexistant alentours, mais des bouses séchées que la famille trouve en suffisance. Un peu de cire fait l’affaire pour allumer ce combustible écologique et durable. Lorsque le lait a atteint la température de 36°, toute la famille est requise pour le transformer le lait en beurre sur un moteur robuste et efficace. En ressort du petit lait qui servira à faire le yaourt, apprêté dans un estomac de brebis séché, ainsi que la crème, bientôt tournée en beurre. Elle vendra le tout prochainement pour quelques 4 à 500 soms le kilo, l’équivalent de 5 francs suisses. La vie se déroule, paisible: les hommes après le bétail et les femmes occupées aux multiples tâches ménagères qu’implique l’accueil des touristes dans ces campements estivaux. Quelques mots d’anglais suffisent pour la bonne compréhension. Je suis content toutefois d’avoir bûché mon russe, qui me permet d’en savoir un peu plus sur cette famille nomade.

Aïnura transforme le lait en beurre sur un moteur robuste et efficace, actionné à la main.

Le mari Nurbek est au village, situé à quatre heures de cheval de Song Kul. Il y passe une dizaine de jours à convoyer les troupeaux de chevaux sur certains marchés. Le fils aîné aspire à devenir journaliste de télévision. Il attend le retour de son père pour redescendre au village et recommencer l’école. Qu’importent les quelques jours de cours manqués, il ne saurait laisser sa mère toute seule. Tout en discutant, Elnour a creusé une petite cavité à même le sol, il y dispose des buissons résineux récoltés haut sur la montagne et y met le feu. Un tonneau de bois est disposé tête en bas sur le petit foyer, dont la fumée dégage une odeur agréable destinée à imprégner le bois dans lequel on prépare le Kumiss. Légèrement alcoolisée, cette boisson traditionnelle faite de lait de jument fermenté sera elle aussi vendue. Chaque semaine, un véhicule fait la navette avec les denrées alimentaires nécessaires et les produits à écouler en plaine.

Elnour imprègne un tonneau de bois de l’odeur de résineux récoltés sur les hauts
Baïkal, le cadet de la famille Nouradiln est fier de nous montrer sa maîtrise.

Ainsi vivent les nomades, entre tâches alimentaires et domestiques et conduite des troupeaux sur les alpages. À la mi-septembre les yourtes seront démontées et entreposées dans un container pour passer l’hiver et retrouver, une fois la neige fondue, la famille Nouradiln pour un nouvel été à l’alpage … sur les rives du lac bleu.

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Le Kirghizistan fête 28 ans d’indépendance

Une authenticité teintée de couleurs et de dynamise

Le 31 août 1991, année d’éclatement de l’URSS en de nombreuses républiques indépendantes, le Soviet suprême de la République du Kirghizistan adoptait une résolution sur la «Déclaration sur l’état de l’Indépendance de la République du Kirghizistan. »

Les motifs décoratifs que l’on retrouve sur les tapis Kirghizes servent de décor aux célébrations.

Depuis, chaque année, le 31 Août, le Kirghizistan célèbre la Journée de l’Indépendance. À Bishkek, capitale de la République du Kirghizistan en tant qu’état indépendant et souverain, on fête cette journée par de nombreuses manifestations, défilés et concerts La partie officielle se déroule sur la place Ala-Too, à laquelle sont conviées les habitants et les délégations étrangères. Pas de défilé militaire cette année il me semble, mais une grande cérémonie relatant l’histoire du pays et de ceux qui l’ont fait. L’ensemble de la ville accueille des concerts, danses et feux d’artifice.

Emblèmes de la nation Kirghize

Les jours précédents, plusieurs centaines de jeunes en costume répètent des chorégraphies complexes sur la vaste place, au pied de la statue de Manas, héros national. De belles et longues chorégraphies comme les asiatiques les aiment, animées par plusieurs centaines de jeunes gens. Il m’est donné de photographier et de filmer un festival de costumes dont les couleurs principales sont celles du drapeau Kirghize, le rouge et le jaune.

Cette jeune danseuse arbore fièrement les couleurs du drapeau Kirghize.

Dynamisme et mouvements d’ensemble parfaitement synchronisés, sur fond de musiques kirghizes mises au goût du jour: la jeunesse se dépense corps et âme à la célébration de la fierté nationale, sous le regard d’officiels non moins fiers.

La jeunesse se dépense corps et âme à la célébration de la fierté nationale
Pour l’occasion, on a monté des yourtes sur la place Ala-Too
Le 31 août est jour de célébration de l'indépendance du Kirghizistan
À Bishkek, on rencontre des Kirghizes de tous types, asiatiques, mongoles, russes ou turcophones
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L’alpage Kirghize

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Estivage du bétail à 3000m d’altitude

L’aridité des terres kirghizes s’impose au quotidien des campagnes. Elle est due au climat continental qui implique des chaleurs torrides, sans aucune pluie durant les mois d’été. Dans les vastes étendues de collines bordant les plaines, les terres déploient leurs couleurs sans qu’aucune végétation fraîche ne vienne masquer le tableau que parfois elles dessinent avec goût. Le bétail qui y subsiste est habitué à manger l’herbe sèche: du foin sur pieds toute l’année. Seuls croissent quelques arbres et buissons dans certaines combes, là où l’eau coule depuis les sommets. Les villages se trouvent à proximité. Pour observer de la végétation plus ou moins fraîche, il faut prendre de l’altitude et se réfugier sur les versants ombragés pour trouver quelque forêt.

Dans les collines bordant les plaines, les terres déploient leurs couleurs sans qu’aucune végétation fraîche ne vienne masquer le tableau
Sur la route de Churkunchark

À 3000 mètres d’altitude, dans une vaste cuvette guère creusée s’étend un beau lac bleu. On trouve de l’herbe verte en suffisance sur les rives du lac Song Kull et de nombreux troupeaux de bestiaux, vaches, chevaux ou moutons y passent leurs mois d’été.

Estivage du bétail à plus de 3000m d’altitude
De nombreux troupeaux de bestiaux, vaches, chevaux ou moutons passent leurs mois d’été
sur les rives du lac Song Kull

Le voisinage du lac abonde de vie: tout le monde est au Jailoo, l’alpage kirghize, pour deux ou trois mois d’été. Les propriétaires ont dressé leur yourte à proximité d’un point d’eau, où jouent les enfants sous l’oeil des femmes occupées à leurs tâches quotidienne. Ici on trait les vaches, là on baratte le beurre ou l’on bat le lait de jument fermenté dans une peau tannée ou un tonneau. On fabrique ainsi la boisson préférée des kirghizes, le Koumiss, légèrement alcoolisé, que toute la famille consomme avec plaisir. Je m’approche d’une yourte pour demander mon chemin. Très vite femme et enfants se réunissent autour de cet hôte d’un moment et me sert la galette de pain – Lipiochka – la confiture de framboises et même du beurre fraîchement battu. Avec l’inévitable bol de Kumiss: difficile pour eux d’imaginer que je ne puisse aimer leur boisson préférée. Tout visiteur est invité à boire un bol de ce breuvage quelque peu acide, sans faire la grimace pour honorer l’hospitalité des Kirghizes. Il me rappelle le thé au beurre de yack des plateaux tibétains, qui m’avait fait grand bien lors d’une grosse fatigue de par les vitamines qu’il contient et les sels minéraux qu’une nourriture peu variée ne saurait apporter.

Très vite femme et enfants se réunissent autour de moi et elle me sert la galette de pain
Le voisinage du lac abonde de vie: tout le monde est au Jailoo, l’alpage kirghize, pour deux ou trois mois d’été.

Les troupeaux de chevaux ou de moutons sont conduits à cheval par le jeune garçon de la famille, souvent avec l’aide d’un chien. On connaît le loup dans ces contrées; chaque soir les prévoyants réunissent leurs moutons dans un parc à proximité de la yourte et profitent pour traire les femelles non suivies. Vers la mi-août les chefs de famille et les forces vives vont abandonner l’alpage et descendre faire les foins en prévention du long hiver. Les yourtes restent autour du lac jusqu’à la mi-septembre, leurs habitant bientôt chassés par la neige et le froid.

Les troupeaux de chevaux ou de moutons sont conduits à cheval par le jeune garçon de la famille

Ce lieu typique est fort couru par les touristes qui viennent passer une ou deux nuits dans les hôtels provisoires aménagés par les tours opérateurs. Séjour dans une yourte, repas typique sous forme de « Plov » un ragoût de boeuf ou de mouton accompagné de légumes, spécialité kirghize parfois – seulement, tourisme oblige – accompagnée de Koumiss. Et l’on voit parfois un cycliste dûment équipé parcourir la route de terre en direction des cols voisins et croiser un troupeau de brebis et leur berger à cheval. Tableau kirghize.

Passage des participants à la Silk Road Mountain Race au lac Song Kull
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Silk Road Mountain Race: l’endurance au superlatif

Silk Road Mountain Race 2019

Quels peuvent être les sentiments du Suisse Handy Buchs alors qu’il assiste, impuissant, au départ de ses 136 collègues, mais néanmoins concurrents sur une colline dominant Bishkek? Il s’est préparé durant six mois à la course la plus dure au monde, la Silk Road Mountain Race, mais son vélo s’est perdu quelque part entre Moscou et Bishkek. Si les choses tournent bien, il retrouvera son VTT à l’aéroport dans l’après-midi et pourra prendre le départ avec une demi-journée de retard. Qu’est-ce qu’une demi-journée si vous disposez de quatorze jours pour effectuer, tenez-vous bien, les 1’710 kilomètres et les 26’000 mètres de dénivelé positifs que propose ce parcours sur les routes de terre, les graviers, les pierriers et les cols de la chaîne de Tian Shan, en plein Kirghizistan? Le tout en parfaite autonomie: vous et votre seul vélo. L’an dernier, un petit 30% des concurrents seulement a atteint l’arrivée.

Le parcours de l’édition 2019 de la Silk Road Mountain Race
Les concurrents disposent de quatorze jours pour effectuer en parfaite autonomie les 1’710 kilomètres et les 26’000 mètres de dénivelé ascendants que propose ce parcours sur les routes de terre
Le départ est le seul moment où l’on peut photographier plusieurs concurrents sur le parcours. En arrière-plan Bishkek

Ne participe pas qui simplement le souhaite: la sélection se fait sur dossier. À voir les équipements lors du contrôle technique, rien ne s’improvise pour affronter les températures de ce mois d’août: entre 30° et -10° durant les bivouacs, les cols élevés, certains franchissant la limite des 4000 mètres, et le tracé tortueux. Impossible de s’y retrouver sans la navigation au GPS que fournit le prestataire Komoot . Si les choses tournent mal, les coureurs disposent d’une balise spot qui indique leur position, si ils sont encore en course ou si ils abandonnent. À eux alors de se débrouiller pour rejoindre une localité; on ne peut guère compter sur des secours au Kirghizistan. La parfaite autonomie est la règle de cette course hors-norme sur laquelle aucun concurrent n’a le droit de demander quelque aliment ou boisson aux gens du lieu. Par contre si il se la voit offerte, il peut en profiter. Vu la convivialité légendaire des Kirghizes habitant les montagnes, nul doute que de belles rencontres devraient avoir lieu.

Les seuls aliments condensés ne sauraient suffire

À observer les poches bourrées d’aliments qui équipent les vélos et les vêtements, les concurrents sont parés au pire. Mais le poids est une barrière qu’ils ne peuvent repousser sans conséquences. J’ai soulevé le vélo du vainqueur de l’an dernier, l’américain Jay Petervary: il ne pèse guère plus que mon vieux Muddy Fox des années 90! À ses dires, ce n’est pas l’équipement qui prime dans de tels défis, mais la tête et les capacités d’affronter les conditions changeantes de la montagne en parfaite autonomie. Par où passe l’itinéraire? Dois-je dormir ici, forcer l’allure pour franchir le col de nuit, m’arrêter ou me ravitailler en route? Poursuivre, pédaler sur la piste sans fin. Porter et pousser son vélo dans certaines montées trop abruptes, traverser des rivière à gué. Le psychisme joue un rôle prédominant, de même que la débrouille pour le bivouac improvisé avec son seul sac de couchage et son réchaud, quelque part dans une vallée Kirghize.

Rien ne s’improvise pour affronter les températures kirghizes de ce mois d’août: entre 30° et -10° durant les bivouacs, les cols élevés, certains franchissant la limite des 4000 mètres, et le tracé tortueux.

Pour comprendre un peu mieux la difficulté de cette vraie aventure, lisez l’interview de Jay Petervary: « You must be fully prepared and self-supported to take on this route, which is not attractive to most bikepackers. I slept three or four hours most nights. One night I slept a little more while waiting for the sun to hit my face since everything had frozen overnight. The last night I didn’t sleep at all. I went about 36 hours straight to reach the finish! » C’est qu’il devait absolument prendre l’avion le soir-même de sa victoire…

Jay Petervary, vainqueur de la première édition de la Silk Road Mountain Race: notez ses équipements de navigation
Plus de dix jours de solitude sur son vélo dans des décors sauvages
Le seul tandem de la course est en mains britanniques: Richard et Shona
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À l’abri de l’étoile du Nord

Le glacier en partie rocheux de Adougene, parc de Ala Archa

Il est un lieu poignant sur le chemin du glacier Adougene, dans le parc national de Ala Archa. À l’abri d’une forêt de pins dispensant une ombre bienvenue dans les chaleurs d’été se trouve un espace de recueillement que seul trouble le bruit lointain de la rivière.

Le cimetière des alpinistes situé en bordure de la vallée accédant au glacier d’Adygene

Ainsi placés à l’abri de l’étoile du Nord, neuf corps d’alpinistes disparus y reposent au côté d’une trentaine de monuments évoquant la mémoire d’autres alpinistes morts en montagne. Belle initiative que ce lieu du souvenir, en lieu et place de plaques commémoratives difficilement accessibles parce que disséminées dans les montagnes.

La stèle de l’étoile du Nord

Sous l’épitaphe « Le refuge ultime ne peut que se situer dans les montagnes, » une triple pyramide de marbre domine l’espace: dénommée « la couronne de Ala Archa » elle supporte des plaques de marbre aux noms des disparus plus récents. Dominée par le Pik Korona qui culmine à 4691m, le triple monument dessine la couronne de sommets qui fait face au mémorial. La couronne est coiffée de la cloche du camp légendaire de Rynda, dans la vallée, où campaient les alpinistes kirghizes avant les constructions récentes.

« Le refuge ultime ne peut que se situer dans les montagnes »

La fédération kirghize d’alpinisme et d’escalade a initié cet endroit d’hommage et de recueillement en septembre 1964, lors du décès de Vladimir Kurgashev, l’un des neuf alpinistes enterrés dans ce cimetière. Chaque année le 14 septembre, elle rend honneur à ses membres disparus dans les montagnes du monde, certains aux confins de la Russie, sur le Pik Pobeda, d’autres dans les montagnes du massif. L’honneur à l’un deux n’a pas droit au périmètre délimité, car il rappelle la mémoire d’un jeune alpiniste qui aurait de lui-même tranché la corde pour ne pas entraîner ses compagnons de cordée dans la mort.

Près de la cabane Priyut Ratseka, au pied du Pik Teke-Ter, 4479m

Et comme toujours, la belle Ala Archa reçoit les alpinistes, vivants comme défunts.

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Une nuit de pétards

23h tout proche de Ala-Too Square, au centre de Bishkek. Au début, on aurait pu croire à des fêtards célébrant la victoire à la fin d’une compétition sportive. Ou à un feu d’artifice, mais sans fusées montant haut dans le ciel. En fin d’après-midi les conseils de l’ambassade étaient formels: ne pas sortir de la ville, surtout pas en direction du Sud, éviter les lieux publics et les rassemblements de foule. Nous voilà plongés dans le bain pour notre première semaine en terre kirghize…

Agitation nocturne dans les rues proches de la place Ala-Too

Les pétards gagnent en puissance, de vraies bombes assourdissantes; les cris deviennent enragés: dommage que je ne comprenne pas le kirghize. Des projectiles fendent l’air. À l’abri du haut de mon huitième étage, je dois m’en méfier. Le carrefour s’anime, plus aucune voiture ne circule, les gens courent sur le trottoir, dans un sens, puis dans l’autre, repoussés par des grappes de gendarmes et leurs gaz lacrymogènes. Dans une certaine confusion, vraisemblablement à court de pétards, des individus entassent des containers au-milieu de la rue, enflamment les ordures avant d’en faire une barricade. Derrière un rideau d’arbres les gendarmes avancent et repoussent les manifestants. Ils finiront par les disperser dans un lointain concert de pétards. La suite et les explications se trouvent en Russe sur les réseaux sociaux; recours aux logiciels traducteurs.

Les partisans de Almazbek Atambaïev, l’ancien chef d’État accusé de corruption et d’acquisitions illégales, manifestent leur réprobation en cette nuit de pétards. La nuit précédente, une première tentative d’arrestation a fait une cinquantaine de blessés, de part et d’autre et causé le décès d’un chef des forces de l’ordre. Cela s’est passé près de la capitale, devant sa résidence située dans le village de Koï-Tach. Il y a quelques heures en cette seconde nuit, l’ancien président vient d’être arrêté; il a rendu les armes. Mais pas ses partisans. La corruption et les conflits personnels avec le président actuel, Sooronbaï Jeenbekov, constituent l’arrière-plan de ces tensions qui sont loin d’être apaisées. On craint l’embrasement et les conflits entre ethnies dans cette république déjà secouée par deux révolutions en 2005 et 2010.

Ce matin, les enfants jouent dans je jardin de la garderie en contrebas…

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Vie trépidante au bazar d’Osh

Foison d’odeurs et de couleurs

Bishkek compte de nombreux supermarchés, magasins et échoppes de tous genres, mais deux bazars permanents. Celui de Dordo où se rend la population aisée du centre de la capitale, et le grand bazar d’Osh, à l’ouest de la ville, où s’activent quantités de marchands et de clients de toutes provenances.

Vidéo à découvrir ici

Les échoppes se côtoient en rangs serrés autour de ruelles étroites; les porteurs y faufilent leurs remorques à deux roues à coups de cris leur servant de claxon. Le bazar fourmille de vie trépidante voire calme, suivant la halle et l’heure du jour. S’en dégagent de profondes odeurs d’épices, de légumes ou de viandes, de chaussures ou de vêtements, de farine et de fruits frais.

Des patates à profusion

Dans une halle les marchands remplissent des bouteilles de PET de graines de tabac à sucer, une vendeuse entasse ses légumes en tas bien ordonnés et chiffrés, un homme trie les mauvais parmi les fruits secs, un autre déplace et remplis ses sacs d’épices. Une salle est réservés aux meuniers qui acheminent directement leurs sacs de farines jusqu’aux boulangers. Ceux-ci confectionnent la fameuse Лепёшка, (prononcer « lipiochka ») une croustillante galette de pain frais. L’homme habile de ses mains colle les galettes de pâte humide sur les parois d’un four à bois; il attend que, bien dorées, elles menacent de tomber dans les flammes pour les ressortir et les mettre directement à l’étalage. Décorée de quelques graines de cumin, elle sait ravir les palais.

Les fameuses Lipiochki cuisent, collées aux flancs du four
Croustillantes à choix

La halle réservée aux bouchers est accessible depuis l’extérieur; les camionnettes y amènent toutes sortes de carcasses que les hommes débitent sur place à la hache, sous le regard critique des clients connaisseurs en la matière. On juge la viande d’agneau, de mouton ou de cheval, de boeuf rarement, à sa consistance et à sa couleur. Ce petit monde de matière premières fourmille malheureusement de sacs plastiques en tous genres, âmes écologistes s’abstenir…

Dans la halle des bouchers
Dans la capitale Bishkek
Mis en avant

La relève de la garde

Palais du parlement et statue de Manas sur la place de Ala Too

Ala-Too Square, aux pieds de Манас дастаны, l’Épic de Manas évoquant les luttes fratricides du XVIIe siècle entre Turcs et Mongols: 1,2,3,4… Lancers de jambes aériens malgré la chaleur harassante: 1,2,3,4…

Vidéo de la relève de la gardes a lieu toutes les deux heures

Relève de la garde sur la place historique bordée du parlement kirghize, sous le grand hauban du drapeau national. À quelques pas de là, petits et grands s’adonnent à des jeux d’eau dans les nombreuses fontaines de ce vaste espace public.

Lever du soleil sur la vaste plaine de Bishkek

La Bishkek officielle m’accueille ce premier week-end d’août, traînée par une circulation moins dense que les jours de semaine, m’assure-t-on. À l’aube de ce premier jour sur terre Kirghize, un soleil rouge dévoile la ville plate à loisirs. 

Quelques hautes tours ne parviennent pas à masquer les montagnes voisines qui culminent, déjà, à 4800 mètres… comme le Mont-Blanc. 

Au Sud de la capitale culminent des sommets de 4800 mètres

On me dit aussi que ces tours ont modifié le micro-climat de la capitale, empêchant les courants de balayer la plaine de sa pollution. Effectivement, au fil d’heures de plus en plus chaudes, les montagnes se dissimulent derrière une brume jaunâtre. Cédant le pas au monstre dénommé trafic, les arbres bordant certaines avenues ont été coupés. Malgré tout Bishkek demeure une ville verte en comparaison de nos métropoles européennes. De vastes parcs aèrent la métropole d’un million d’habitants, de même que le bel axe Nord-Sud d’Erkindik Boulevard; les gens de Bishkek profitent des nombreux bancs publics sous de grands arbres soignés par la municipalité qui y installe un système d’irrigation automatique. L’eau ne manque pas avec les massifs montagneux bordant la ville au sud. 

L’eau ne manque pas avec les massifs montagneux bordant la ville au sud

Mais les chênes souffrent d’une maladie pernicieuse qui en jaunit le feuillage dès le printemps. Pas encore habitué à la chaleur sèche du climat continental – le thermomètre atteint les 40° depuis un bon mois sans qu’aucune pluie ne vienne alléger l’atmosphère – je me réfugie dans un intérieur climatisé. Bonjour Kirghizistan!