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Transhumance: le film

Lac de Köl Suu

Un film de 14 minutes illustre la transhumance automnale de Meder et de Artouk, deux bergers kirghizes, avec leurs troupeaux de vaches, de moutons et leur chevaux, sur plus de 100 km su départ du lac Köl Suu. Pour l’occasion, ils étaient accompagnés de 7 touristes sur leur chevaux. à voir sur: https://youtu.be/E4X4NbjAPBs

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En transhumance

Chance nous a été donnée de contempler la chaîne frontière avec la Chine dans le soleil couchant

Ce soir, la voie lactée est encore plus belle. Aucune lumière parasite ne vient troubler la vue de cet espace infini où la pensée peut s’évader sans que l’imagination ne lui impose de limite. Le firmament nocturne est le miroir idéal de la steppe kirghize, qui étend sa sécheresse saisonnière de plaines en collines, dans le silence indicible d’une longue page blanche.

Pour l’instant, dans la yourte voisine de nos tentes, quelqu’un chante la prière du soir. Nous sommes sept étrangers à chevaucher aux côtés de Meder et ses treize vaches; sept heures durant, en compagnie de Rahat, accompagnatrice Kirghize mandatée par le tour opérateur Nomadsland, qui a mis cette expédition sur pied. Depuis les environs du lac Köl Suu, notre convoi a tout d’abord suivi la rivière Ak Suu et ses beaux méandres pour remonter des pentes abruptes dévalant entre des rochers dénudés. Y voir Meder et son collègue berger venu l’aider pour ce passage délicat, c’est assister à une démonstration de maîtrise équestre. Les kirghizes tiennent les rennes de leur seule main gauche, l’autre actionnant une cravache rudimentaire de corde et de bois. Faire remonter un tel talus à des vaches guère dégourdies semble de la routine pour eux, alors que, inquiétés par la pente, nous nous agrippons d’une poigne craintive à la selle de nos montures. Leurs chevaux, placides, réagissent aux ordres « à la baguette. »

Y voir Meder et son collègue berger venu l’aider pour ce passage délicat, c’est assister à une démonstration de maîtrise équestre.

Après une chevauchée sur un vaste plateau parsemé de rochers nous rappelant l’île de Pâques, nous avons rejoint une plaine encore plus vaste, où aucun arbre n’osait rompre les lignes fuyantes. Il y a quatre jours que nous n’avons plus vu aucun arbre! Une équipe de ravitailleurs nous y a précédés avec son camion chargé des affaires du bivouac. En lieu et place d’un hypothétique centre culturel d’Ak Cyy qu’indique la carte topographique, un étalon solitaire est venu signifier de manière vindicative à nos chevaux qu’ils évoluaient sur ses terres. Un délicieux plof chaud nous a procuré une énergie nouvelle pour le reste de l’après-midi. Après une longue combe en pente douce suivie par un petit plateau – petit à l’échelle kirghize – parcouru de torrents asséchés et creusé d’autant de combes à l’herbe rase, chance nous a été donnée de contempler la chaîne frontière avec la Chine dans le soleil couchant. De quoi oublier le malaise de nos séants! Autant dire que la découverte de la yourte de nos hôtes du soir nous a soulagés… nous et nos muscles courbaturés!

Ici, au milieu de nulle part, la famille de Artouk a vécu durant six mois d’été avec un enfant de moins d’un an, leurs 750 brebis, leurs vaches et leurs chevaux. Leur yourte se veut moderne avec son petit panneau solaire alimentant un éclairage rudimentaire et sa structure métallique entourée d’anciennes bâches publicitaires, en lieu et place des traditionnels tapis. Sur le côté droit de l’entrée brûle un feu réconfortant dans un fourneau en fonte alimenté de bouzes de vaches séchées. Repas simple mais suffisant, dans une ambiance sympathique, partagé à même le sol recouvert d’un tapis par huit nomades kirghizes et sept touristes, autour d’une toile servant de table. Intrigués par leurs conversations en langue kirghize, nous leur demandons si nous ne sommes pas intrusifs. Ils nous expliquent leur hospitalité traditionnelle: ils peuvent aller n’importe où dans les montagnes du pays et se faire héberger par leur pairs pour la nuit. Si quelqu’un les visite, ils l’hébergeront. Plus il y a d’hôtes sous leur toit, plus ils se sentent honorés. Alors Artouk, sa femme et ses aides ne nous cachent pas leur plaisir de cette veillée. Demain nous reprendrons la piste tous ensemble et conduirons, trois jours durant, le troupeau dans l’immensité brune de la steppe automnale.

Hospitalité traditionnelle kirghize: ils peuvent aller n’importe où dans les montagnes du pays et se faire héberger par leur pairs pour la nuit. Si quelqu’un les visite, ils l’hébergeront.
L’éclaircie du matin a ainsi eu tout le loisir de disparaitre.

Dans le soleil levant, cinq agneaux juste nés réclament leur mère. Pendant que nous plions le camp, les bergers les font allaiter par leur mère brebis, puis partent à cheval rassembler les moutons qui ont profité de la nuit pour quêter herbage. La femme de Artouk trait quelques unes des 30 vaches, alors que son mari repart chercher une poignée de chevaux blancs se cachant dans une combe discrète. L’éclaircie du matin a ainsi eu tout le loisir de disparaitre. La neige nous pousse durant les premières heures du pensum du jour, dos au vent, fort heureusement.

Puis le soleil alterne avec la pluie sur les quelques 20 km qui restent à accomplir. La progression est ponctuée de quelques bêlement et du spectacle divertissant, presque charmeur, de ces rondeurs bien grasses des croupes des brebis dodelinant au rythme de la marche.

Les agneaux juste nés sont chargés sur le pont du camion, en compagnie des biens que toute la famille a utilisés durant l’été sur l’alpage. Si une bête boîte trop, Artouk la saisit par sa laine, sans descendre de cheval et la transporte sur sa selle jusqu’au camion. Ces journées sont rudes pour nos postérieurs également, mais surtout pour nos genoux bien sollicités. Une fois le poste de contrôle marquant cette zone frontalière franchi, le col de Kyndy accède à une vallée escarpée, que tout le convoi descend sous la neige, au crépuscule. Terre grasse et pierres qui roulent accompagnent les cris stridents des bergers: « tchou! » pour les chevaux, « ossch! » pour les vaches et « drrrrriii ! » pour les moutons. Sans compter les instructions que Meder et Artouk nous donnent de temps à autres pour éviter à notre monture toute glissade impromptue. Précautions quasiment superflues tant nos chevaux ont le pas sûr dans un tel terrain. Artouk, lui, est époustouflant de puissance et d’aisance aux rennes de son cheval blanc, fougueux mais très efficace. Peu importe le talus, la raideur du terrain ou son état, il dirige sa monture avec vitesse et précision pour ramener sur la piste les bêtes qui s’en écartent. Plus il arrive vite, mieux le bétail lui obéit, alors qu’il a déjà fait volte face pour en ramener d’autres au sein du troupeau.

Si une bête boîte trop, Artouk la saisit par sa laine, sans descendre de cheval et la transporte sur sa selle jusqu’au camion.

Les kirghizes n’appellent pas un cheval blanc en évoquant sa couleur, car cela pourrait lui enlever ses propriétés bénéfiques.

Les agneaux juste nés sont chargés sur le pont du camion, en compagnie des biens que toute la famille a utilisés durant l’été sur l’alpage.

Nous avons tout juste le temps de monter la tente avant la nuit complète, mais surtout avant la nouvelle averse généreuse qui nous surprend, debout sous une toile plastique tendue entre deux véhicules, percée justement au-dessus du repas chaud que nous partageons autour du poêle de fonte. Imperturbable, la cuisinière tient son enfant d’un bras et nous sert le thé réconfortant. Les désagréments de tels moments passés ensemble contribuent à l’atmosphère amicale et à la bonne ambiance qui nous accompagne tout au long de notre périple.

Expérience vraiment inédite que cette transhumance, au son du pas des bêtes et des chansons kirghizes que fredonnent les bergers, heureux d’être là. Le tout dans un paysage dont les beautés nous sont aujourd’hui restées cachées. Elle se dévoilent le lendemain, alors que nous cheminons en parfaite sérénité avec le troupeau. La plaine est échancrée, personne alentours et les sommets enneigés brillent au soleil. En pleine méditation itinérante, j’explique à Rahat qu’initialement tous les habitants de cette terre sommes issus de pèlerins en provenance d’Asie Centrale et d’Ethiopie. Elle me répond: « welcome home. »

Vient une gorge à descendre le long d’une route taillée dans une forêt de conifères, avant de gagner une plaine sans fin apparente, en vue de grandes fermes et d’un village. Ce midi, les bergers n’ont pas pris leur repas car les bêtes, chaudes, désiraient poursuivre leur chemin. Lors de la dernière heure de chevauchée, Artouk m’apprend une chanson Kirghize, Жамгыр төктү – Jamgir Tektou, un classique, sous la pluie et le vent qui n’ont pas manqué de survenir au moment du souper. Le texte rappelle à la jeunesse du pays que la pluie, comme les moments rudes, ne durent jamais, et qu’après le mauvais temps vient l’éclaircie. Elle est en tous cas dans les coeurs de sa famille, heureuse de rejoindre son village après six mois passés sur l’alpage. Aucune perte de bétail n’est survenue, elle pourra les rendre à la dizaine de voisins qui les lui ont confiées, sans aucun dédommagement dû aux loups ou à d’autres impromptus. Ce soir, alors qu’il pleut au dehors, les brebis entourent nos tentes et vitupèrent contre ce temps humide. Les bergers gardent un œil sur elles durant toute la nuit, dormant d’une oreille sous une seule tente, blottis dans des sacs de couchage rudimentaires. Il faut être robuste pour exercer le métier de berger en Kirghizie! Et Dieu sait si il y en a, des bergers à cheval en Kirghizie…

Il faut être robuste pour exercer le métier de berger en Kirghizie!

Notre dernière journée de transhumance débute sous un reste de neige et de brouillard, avant que le soleil ne nous réchauffe. Les derniers 25 kilomètres nous mènent jusqu’à Birlik, le village de Meder. Nous traversons fièrement un premier village sous le regard amusé des Kirghizes devant ces bergers colorés et casqués, qui pourtant se débrouillent pas mal sur leur monture pour faire avancer le troupeau. Les vrais bergers, eux, profitent de notre présence pour saluer les amis, bavarder un petit coup sur l’été qui s’achève, voir pour séparer quelques bêtes et les rendre à leur propriétaire. À Birlik, point final de notre périple de cent vingt kilomètres, nous sommes reçus dans la maison du frère de Meder par leur père, dûment coiffé de son Ak-Kalpak, traditionnel chapeau Kirghize, qui nous adresse un prêche, une moitié en russe et l’autre en kirghize, sur les bienfaits de l’Islam. Une première douche depuis une bonne semaine peut être prise dans une variante du sauna russe, surchauffée, qui fait grand bien à nos carcasses endurcies – un peu – au grand air de la transhumance.

Nous traversons fièrement un premier village sous le regard amusé des Kirghizes
Dûment coiffé de son Ak-Kalpak, traditionnel chapeau Kirghize, le père de Meder nous adresse un prêche, une moitié en russe et l’autre en kirghize, sur les bienfaits de l’Islam

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Meder Tolokov, le berger

Le berger Meder vit à plus de trois mille mètres d’altitude, en un lieu reculé de Kirghizie. Rien ne le distingue au premier abord de tous ses pairs, car le Kirghizistan abonde de lieux reculés. En compagnie de sa femme Jazgoul, de son fils et des ses trois toutes jeunes filles Nour Aïda, Nour Annia et Nour Baïke, ses étés se déroulent paisiblement aux pieds d’une chaîne de montagnes qui, sur des centaines de kilomètres fait frontière avec la Chine. Quelques jours passées en leur présence nous font découvrir des êtres chaleureux et bons vivants. Descendant de générations de berger, toujours le sourire aux lèvres, Meder a le teint hâlé des gens qui passent toute l’année en plein air. L’œil malicieux du chasseur capable de localiser le gibier dans de vastes alentours. Le petit mot d’humour que notre méconnaissance de la langue kirghize ne nous permet pas de comprendre, mais qui répand rire et bonne humeur dans l’assemblée. Il a la stature solide, mais la gentillesse de l’homme des montagnes qui aime partager le pays qu’il aime.

Meder et ses deux aides indispensables à son travail de berger
Jazgoul et deux de leurs filles

Son pays, c’est des montagnes à perte de vue, une rivière qui méandre selon ses caprices dans une vaste plaine. Au printemps lors de la fonte des neiges, les eaux peuvent se montrer menaçantes. Elles sont canalisées par des collines brunâtres, où paissent moutons, vaches et yacks. Des bêtes tenaces et sauvages que ces yacks; le froid continental ne saurait les effaroucher, pas plus que les loups, lorsque la neige les incite à rejoindre les contrées moins hostiles.

Son pays, c’est des montagnes à perte de vue, une rivière qui méandre selon ses caprices dans une vaste plaine

Une année ces derniers lui ont prélevé cinq chevaux. Ils les chassent en meute; un loup saisit le poitrail, l’autre croque le ventre et le cheval, déstabilisé, est mis à terre. Ce qui ne peut arriver au yack, beaucoup plus stable sur ses pattes, qui en plus sait se défendre.

Des bêtes tenaces et sauvages que ces yacks, à l’aise dans les pentes les plus abruptes

Alors Meder part parfois à la chasse au loup avec ses trois chiens kirghizes, qui s’apparentent à des lévriers. En plus d’une habileté certaine à conduire les troupeaux de moutons, ce sont des bêtes sveltes, nourries juste ce qu’il faut. Capables de courir très vite, les chiens mordent une patte arrière du prédateur, la relâchent en piteux état lorsque le loup fait volte-face et poursuivent la traque en mordant le loup à l’autre patte arrière. Ils immobilisent ainsi son train arrière, puis la bête en entier. Pour nous, faute de démonstration, ces chiens s’apparentent à de gros malins, qui parviennent à se glisser dans notre yourte à la nuit venue, et même, pour les plus hardis, à tenter de se coucher sur nos couvertures.

À nos yeux ces images de chasse restent imaginaires… jusqu’à cette nuit d’octobre où nous sommes réveillés par une complainte de sons aigus provenant de la montagne voisine. Une drôle de sensations nous donne la chair de poule. Une meute de quelques loups hurle sa présence à tous vents. Ils sont bien là, ces loups, à quelques centaines de mètres! Un jour peut-être serons-nous confrontés à symboles vivant de la montagne sauvage? Pour le moment, ce sont les chiens qui réagissent à coup d’aboiements féroces… sauf celui qui s’est glissé dans notre yourte, que nous devons expulser pour qu’il exerce son rôle de chien de garde et se hasarde à un timide jappement. Au petit matin, les hurlements n’ont guère semé de panique dans les troupeaux: chaque bête est à sa place; Meder ne les a même pas entendus! Son frère, lui, en estime le nombre à quatre ou cinq. Quelques jours plus tôt, réveillé en pleine sieste, il en avait vu deux à trente mètres de distance.

Meder et son frère passent aussi leurs hivers sur les hauteurs, bien que nombre de leurs pairs aient déserté la contrée. Point de bêtes à traire; accrochés aux pentes abruptes, les yacks se débrouillent tout seuls, même s’ils gardent sur eux un oeil constant; mais, depuis quelques années, des visiteurs à héberger, à nourrir et à guider alentours.

Meder et son frère passent aussi leurs hivers sur les hauteurs

Ce changement, Meder le doit au lac Köl Suu, situé à proximité. Un lieu de beauté sauvage, encastré entre de hautes falaises. Un lieu puissant, mystique même. Au XVe siècle, ou peut-être avant, nul ne sait, un énorme éboulement à obstrué cette étroite vallée, la rendant impraticable. Un lac long de douze kilomètres s’est vite accumulé derrière le cône de rochers, n’abandonnant à l’eau qu’une petit ressurgeance bien plus bas, où naît la rivière Köl Suu.

Le lac spectaculaire de Köl Suu, dans le massif frontalier avec la Chine de Kak Shala

Ce lac spectaculaire constitue un unique joyau que les Kirghizes eux-mêmes viennent admirer depuis fort loin, ainsi que des touristes de plus en plus nombreux. Parfois, de riches chasseurs étrangers font appel à Meder pour localiser le fameux Ibex, ou les Marco Polos, des bêtes protégées à un million de soms chacune. Alors, pour la belle saison, il a aménagé des yourtes supplémentaires à celle de sa famille, un dizaine au total. Ainsi qu’une roulotte pour faire la cuisine, car il y a de la tâche pour accueillir tout ce monde. Lorsqu’il le pourra, il achètera un ou deux chameaux. Maintenant que les premières neiges font leur apparition, il plie ses yourtes, une à une, et les range dans une maison héritée d’un ancien kolkhoze russe qu’il a pu acquérir. Son fils est déjà parti il y a quelques semaines, école oblige; sa femme et ses trois filles partiront dans une quinzaine de jours.

Meder plie ses yourtes, une à une
Voir l’animation sur: https://youtu.be/a6SmCzwxY2w

Aux derniers rayons du jour, Meder et son frère partent au-delà des premières collines, ramener le troupeau de moutons et les mettre à l’abri de tout prédateur dans leur enclos. Les chevaux sont entravés, pour qu’ils ne s’éloignent pas trop durant la nuit, alors que la petite quinzaine de vaches ne s’aventure guère au delà des prairies voisines. Tourisme oblige, Meder a adapté sa manière de travailler. Nous sommes sept visiteurs occidentaux qui allons l’accompagner à cheval lors de quatre journées de transhumance et l’aider à guider son troupeau de vaches et de moutons. Le soir venu, Meder allume le poêle dans chacune des yourtes alors qu’à la cuisine Jazgoul a préparé le plof traditionnel: de la viande de mouton, des pâtes ou des patates cuites dans un bouillon gras, agrémenté de quelques légumes. La table est simple, les sucreries abondantes. Les enfants en profitent sous l’oeil bienveillant de leurs parents. À peine capable de tenir debout, la plus jeune tient absolument à se débrouiller toutes seule. La convivialité est bien présente. Meder parle de son métier, de ses bêtes et de la région qu’il aime. Il a le langage factuel des gens de la montagne pour qui tout est dicté par la nature et le temps qui passe. Une vie simple d’apparence mais qui ne dit pas la rudesse de l’hiver et le labeur quotidien pour satisfaire ses hôtes. Au petit matin, les bergers sont partis de bonne heure ramener tous les chevaux. Meder nous explique le comportement de base et même le noeud spécifique pour entraver leurs pattes avant lors des arrêts de longue durée. Pour nous accoutumer à nos montures, il nous fait découvrir la puissance du lac Köl Suu. Dominé par des falaises vertigineuses, que parcourt en long et en large un groupe de vautours. Les chevaux à la pause se restaurent d’herbe sèche. Aux confins du Kirghizistan, dans un silence absolu, nous contemplons cette nature à l’état pur.

Chaque fois que Meder arrive sur la rive de Köl Suu, il s’assoit paisiblement sur un rocher et contemple l’étendue turquoise parcourue par le vent. Un courant de liberté qui le laisse songeur, simplement heureux d’être là…

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Hospitalité en terre Kirghize

Yourte sur les rives du lac Song Köl, Kirghizistan

Quelque part égaré dans l’une des innombrables vallées kirghizes…la carte, pas plus que le GPS, ne me servent pour trouver le col à franchir. Surgit de je ne sais où un jeune cavalier sur sa monture, en train de veiller sur son troupeau de moutons. Il vient à ma rencontre: poignée de main traditionnelle, avant de me remettre sur le bon chemin. Non sans m’avoir demandé d’où je viens, où je vais, quel est mon âge, si j’aime le Kirghizistan et combien coûte la montre que je porte à mon poignet: scène de rencontre traditionnelle. Difficile, à la bonne saison, de se perdre dans les montagnes kirghizes. Souvent surgit sur une arête, en ombres chinoises, un berger sur son cheval, avec un ou plusieurs chiens, et de nombreuses têtes de bétail. Les chevaux, les vaches avec leur veaux peuvent être parfois laissés à eux-mêmes. Les moutons par contre nécessitent un gardiennage constant. Chiens et berger agissent de concert pour conduire le troupeau.

Famille kirghize lors de l’estivage du bétail à 3000m d’altitude

Faute de véhicule me permettant d’accéder à certaines régions reculées, je me contente de sorties à la journée sur des alpages peuplés par des nomades dans leur yourtes. À la recherche d’un col, je m’approche de l’une d’entre elles pour me renseigner. La femme qui m’accueille m’invite rapidement à m’asseoir et me sert un bol de Kummis, cette boisson légèrement alcoolisée, faite à partir de lait de jument fermenté. Par bienséance, je ne saurais refuser malgré son goût acidulé. Par la même occasion je fais le plein de vitamines et de corps gras, absents dans la nourriture traditionnelle.

Le jeune homme est fier de me montrer comment, à l’aide de sa cravache, il maîtrise son fougueux étalon
Prédateurs obligent, les troupeaux sont ramenés le soir près des yourtes

Partage haché de quelques mots de russe qu’elle et moi connaissons: je ne parle pas Kirghize. Accouru sur son cheval, le fils a tôt fait de m’indiquer le bon passage, par bonheur également inscrit en Kirghize sur ma carte. Il m’accompagne même, fier de me montrer comment, à l’aide de sa cravache, il maîtrise son fougueux étalon.

Les kirghizes montent à cheval dès leur plus jeune âge

Après une longue journée de marche, je parcours le village de Jany Talap à la recherche de la seule auberge; sans succès je me résous à demander mon chemin. Une femme m’invite spontanément à passer la nuit dans sa maison. La famille m’accueille et me sert le thé, me demande si j’ai mangé. La fille par bonheur parle russe et nous nous débrouillons pour organiser mon retour sur Bishkek le lendemain. Il se fera à bord d’un marchroutchka, transport public par excellence. Puis elle m’indique ma chambre recouverte et tapissée de beaux et grands tapis de laine. On dort au sol dans les familles paysannes, mais bien au chaud. Le reste de la famille se serre dans les pièces annexes, femmes d’un côté et hommes de l’autre. Au petit matin, on me sert le déjeuner avant d’attendre, longuement mais ensemble, le minibus qui va chercher les gens devant leur domicile.

Mes premières expériences d’hospitalité sont empreintes de bonhomie grâce au sens inné de l’accueil des Kirghizes habitant la campagne.

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Le dragon pétrifié de Skazka

Le dragon s’est pétrifié en bordure du vaste lac d’Issyk Kul

Dans la légende russe, les formes du canyon de Skazka évoquent un conte de fée. Diverses formations taillées par l’eau, les glaces et les vents prêtent au mysticisme alors que certaines silhouettes figées dans le sable interpellent: on y trouve un pharaon contemplant le couchant, accompagné de sphinx et de lions rugissants parmi quelques chameaux, poissons marteaux ou dinosaures égarés.

L’une des têtes du dragon pétrifié
Pharaon des sables
Poisson marteau
E.T. Home
Sphinx sur ses gardes

Dans la nuit des temps, alors que le lac Issyk Kul n’avait pas encore inondé de riches et puissantes cités, un mystérieux dragon à sept têtes se serait épris d’une belle jeune-fille. Essuyant son refus, il promit à la contrée un funeste devenir. Chaque nuit de pleine lune, un de ses puits risquerait de l’inonder. Puis le géant s’endormit. Avisés, les habitants veillaient; chaque lune pleine, ils recouvraient leurs puits de couvercles dorés. Son tour venu, la belle oublia le funeste présage et l’eau enfouit à jamais ces contrées. À son réveil sur les collines de Skazka, le dragon se pétrifia d’horreur à la vue de l’étendue du lac se découpant au pied de la chaîne de Küngöy Alatoo. C’est son corps figé à jamais que l’on parcourt par les vallons déchirant ses entrailles.

Entrailles de pierre

Telle une colonne vertébrale, une double paroi de rocs courbés évoque la grande muraille de Chine. Mais si l’on oublie la légende, la géomorphologie du lieu raconte une longue histoire: celle d’une terre atteinte de la lèpre. L’érosion a patiemment mis à jour quelques couches de minéraux hétéroclites. Plus compactes que le sable, certaines contiennent des minerais différents des collines environnantes.

Cette terre atteinte de la lèpre

Lorsque les rayons du soleil effleurent le relief, la terre craquelée dévoile ses chairs mises à vif. Des roches striées de jaune évoquent de sulfureuses réminiscences, parcourues de boursoufflures rougeâtres. Ces convulsions terrestres rappellent le passé tourmenté de ce lieu de légende.

Passé tourmenté de ce lieu de légende
Des roches striées de jaune évoquent de sulfureuses réminiscences, parcourues de boursoufflures rougeâtres.
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L’alpage sur les rives du lac bleu

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Les yourtes sur le rivage du lac Song Kul

Couleur bleu pâle, lové au milieu des montagnes brunâtres, le lac de Song Kul est immense, imprégné de silence et de beauté. Pour accéder aux yourtes qui se trouvent sur ses rives, je rejoins une vallée verdâtre parsemée de vaches et de chevaux. Les paysans sont à l’alpage, au « Jailoo », avec famille et troupeaux. Ils ont monté leur habitation traditionnelle à proximité du ruisseau et creusé un coin toilette à l’écart.

Les bergers à cheval réunissent les troupeaux avant la nuit
Les paysans ont monté leur habitation traditionnelle à proximité du ruisseau, creusé un coin toilette à l’écart et amarré quelque jeune veau ou agneau à un pieu.

De rares chevaux ont le train avant entravé « pour éviter qu’ils ne rejoignent leur écurie dans la vallée. » Devant sa yourte, une femme trait une jument. Avant le crépuscule, quelques cavaliers réunissent à grands cris les divers troupeaux dans un nuage de poussière. Avec la fraîcheur qui s’installe, l’alpage se prépare à passer la nuit sur les bords du lac brassé par une houle régulière.

Devant sa yourte, une femme trait une jument. De son lait fermenté sera tiré le Kumiss, traditionnelle boisson kirghize
Traite des vaches au lever du soleil par Aïnura

Elnour (Элнур), le fils de Aïnura (Айнyра) et de Nurbek Nouradiln (Нурбек Нурадилн) nous accueille à leur camp de yourtes: cela faisait déjà quelque temps qu’il nous suivait à la jumelle. Baïkal (Байкал), le plus jeune des fils a le nez collé à son portable, malgré l’absence de réseau. Les noms Kirghizes ont tous une signification: Aïnura signifie « Rayon de lune » et colle bien à notre hôte qui a le sourire collé aux lèvres. Ce soir elle nous prépare un poisson pêché le matin même dans le lac. Exceptionnellement invités dans sa yourte-cuisine, nous assistons au débit du gros poisson, tiré du lac ce matin et qu’elle nous sert au repas. Préparée avec goût, sa chaire succulente nous ravit. C’est l’anniversaire de Baïkal, qui a droit à un gâteau et à une séance équestre dans un crépuscule sans lune.

D’aspect uniformément blanchâtre vues de l’extérieur, les yourtes s’égaient à l’intérieur

D’aspect uniformément blanchâtre vues de l’extérieur, les yourtes s’égaient à l’intérieur. Le sol et les parois sont recouverts de tapis kirghizes aux motifs symboliques et colorés. Les piliers de bois rouges qui constituent la structure font de toute yourte un lieu d’accueil chaleureux. Le dessin des piquets de bois a même inspiré le drapeau national. Cette nuit cependant, c’est l’extérieur qui me ravit: aucune source de lumière ne vient empêcher l’observation de la voie lactée, de ses astres et étoiles innombrables. Sentiment d’habiter un lieu puissant où règne une énergie positive.

Aucune source lumineuse ne vient gêner l’observation de la Voie Lactée

Au réveil le bétail a déjà retrouvé ses pâturages. Le lac paisible invite à la méditation. Il fait encore un peu frais pour s’y baigner. Aïnura trait les quelques vaches encore attachées, puis met le lait à chauffer sur le fourneau de fonte. Pour alimenter le feu, point de bois, inexistant alentours, mais des bouses séchées que la famille trouve en suffisance. Un peu de cire fait l’affaire pour allumer ce combustible écologique et durable. Lorsque le lait a atteint la température de 36°, toute la famille est requise pour le transformer le lait en beurre sur un moteur robuste et efficace. En ressort du petit lait qui servira à faire le yaourt, apprêté dans un estomac de brebis séché, ainsi que la crème, bientôt tournée en beurre. Elle vendra le tout prochainement pour quelques 4 à 500 soms le kilo, l’équivalent de 5 francs suisses. La vie se déroule, paisible: les hommes après le bétail et les femmes occupées aux multiples tâches ménagères qu’implique l’accueil des touristes dans ces campements estivaux. Quelques mots d’anglais suffisent pour la bonne compréhension. Je suis content toutefois d’avoir bûché mon russe, qui me permet d’en savoir un peu plus sur cette famille nomade.

Aïnura transforme le lait en beurre sur un moteur robuste et efficace, actionné à la main.

Le mari Nurbek est au village, situé à quatre heures de cheval de Song Kul. Il y passe une dizaine de jours à convoyer les troupeaux de chevaux sur certains marchés. Le fils aîné aspire à devenir journaliste de télévision. Il attend le retour de son père pour redescendre au village et recommencer l’école. Qu’importent les quelques jours de cours manqués, il ne saurait laisser sa mère toute seule. Tout en discutant, Elnour a creusé une petite cavité à même le sol, il y dispose des buissons résineux récoltés haut sur la montagne et y met le feu. Un tonneau de bois est disposé tête en bas sur le petit foyer, dont la fumée dégage une odeur agréable destinée à imprégner le bois dans lequel on prépare le Kumiss. Légèrement alcoolisée, cette boisson traditionnelle faite de lait de jument fermenté sera elle aussi vendue. Chaque semaine, un véhicule fait la navette avec les denrées alimentaires nécessaires et les produits à écouler en plaine.

Elnour imprègne un tonneau de bois de l’odeur de résineux récoltés sur les hauts
Baïkal, le cadet de la famille Nouradiln est fier de nous montrer sa maîtrise.

Ainsi vivent les nomades, entre tâches alimentaires et domestiques et conduite des troupeaux sur les alpages. À la mi-septembre les yourtes seront démontées et entreposées dans un container pour passer l’hiver et retrouver, une fois la neige fondue, la famille Nouradiln pour un nouvel été à l’alpage … sur les rives du lac bleu.

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Le Kirghizistan fête 28 ans d’indépendance

Une authenticité teintée de couleurs et de dynamise

Le 31 août 1991, année d’éclatement de l’URSS en de nombreuses républiques indépendantes, le Soviet suprême de la République du Kirghizistan adoptait une résolution sur la «Déclaration sur l’état de l’Indépendance de la République du Kirghizistan. »

Les motifs décoratifs que l’on retrouve sur les tapis Kirghizes servent de décor aux célébrations.

Depuis, chaque année, le 31 Août, le Kirghizistan célèbre la Journée de l’Indépendance. À Bishkek, capitale de la République du Kirghizistan en tant qu’état indépendant et souverain, on fête cette journée par de nombreuses manifestations, défilés et concerts La partie officielle se déroule sur la place Ala-Too, à laquelle sont conviées les habitants et les délégations étrangères. Pas de défilé militaire cette année il me semble, mais une grande cérémonie relatant l’histoire du pays et de ceux qui l’ont fait. L’ensemble de la ville accueille des concerts, danses et feux d’artifice.

Emblèmes de la nation Kirghize

Les jours précédents, plusieurs centaines de jeunes en costume répètent des chorégraphies complexes sur la vaste place, au pied de la statue de Manas, héros national. De belles et longues chorégraphies comme les asiatiques les aiment, animées par plusieurs centaines de jeunes gens. Il m’est donné de photographier et de filmer un festival de costumes dont les couleurs principales sont celles du drapeau Kirghize, le rouge et le jaune.

Cette jeune danseuse arbore fièrement les couleurs du drapeau Kirghize.

Dynamisme et mouvements d’ensemble parfaitement synchronisés, sur fond de musiques kirghizes mises au goût du jour: la jeunesse se dépense corps et âme à la célébration de la fierté nationale, sous le regard d’officiels non moins fiers.

La jeunesse se dépense corps et âme à la célébration de la fierté nationale
Pour l’occasion, on a monté des yourtes sur la place Ala-Too
Le 31 août est jour de célébration de l'indépendance du Kirghizistan
À Bishkek, on rencontre des Kirghizes de tous types, asiatiques, mongoles, russes ou turcophones
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L’alpage Kirghize

Pour consulter l’entier du blog et ses images: ici

Estivage du bétail à 3000m d’altitude

L’aridité des terres kirghizes s’impose au quotidien des campagnes. Elle est due au climat continental qui implique des chaleurs torrides, sans aucune pluie durant les mois d’été. Dans les vastes étendues de collines bordant les plaines, les terres déploient leurs couleurs sans qu’aucune végétation fraîche ne vienne masquer le tableau que parfois elles dessinent avec goût. Le bétail qui y subsiste est habitué à manger l’herbe sèche: du foin sur pieds toute l’année. Seuls croissent quelques arbres et buissons dans certaines combes, là où l’eau coule depuis les sommets. Les villages se trouvent à proximité. Pour observer de la végétation plus ou moins fraîche, il faut prendre de l’altitude et se réfugier sur les versants ombragés pour trouver quelque forêt.

Dans les collines bordant les plaines, les terres déploient leurs couleurs sans qu’aucune végétation fraîche ne vienne masquer le tableau
Sur la route de Churkunchark

À 3000 mètres d’altitude, dans une vaste cuvette guère creusée s’étend un beau lac bleu. On trouve de l’herbe verte en suffisance sur les rives du lac Song Kull et de nombreux troupeaux de bestiaux, vaches, chevaux ou moutons y passent leurs mois d’été.

Estivage du bétail à plus de 3000m d’altitude
De nombreux troupeaux de bestiaux, vaches, chevaux ou moutons passent leurs mois d’été
sur les rives du lac Song Kull

Le voisinage du lac abonde de vie: tout le monde est au Jailoo, l’alpage kirghize, pour deux ou trois mois d’été. Les propriétaires ont dressé leur yourte à proximité d’un point d’eau, où jouent les enfants sous l’oeil des femmes occupées à leurs tâches quotidienne. Ici on trait les vaches, là on baratte le beurre ou l’on bat le lait de jument fermenté dans une peau tannée ou un tonneau. On fabrique ainsi la boisson préférée des kirghizes, le Koumiss, légèrement alcoolisé, que toute la famille consomme avec plaisir. Je m’approche d’une yourte pour demander mon chemin. Très vite femme et enfants se réunissent autour de cet hôte d’un moment et me sert la galette de pain – Lipiochka – la confiture de framboises et même du beurre fraîchement battu. Avec l’inévitable bol de Kumiss: difficile pour eux d’imaginer que je ne puisse aimer leur boisson préférée. Tout visiteur est invité à boire un bol de ce breuvage quelque peu acide, sans faire la grimace pour honorer l’hospitalité des Kirghizes. Il me rappelle le thé au beurre de yack des plateaux tibétains, qui m’avait fait grand bien lors d’une grosse fatigue de par les vitamines qu’il contient et les sels minéraux qu’une nourriture peu variée ne saurait apporter.

Très vite femme et enfants se réunissent autour de moi et elle me sert la galette de pain
Le voisinage du lac abonde de vie: tout le monde est au Jailoo, l’alpage kirghize, pour deux ou trois mois d’été.

Les troupeaux de chevaux ou de moutons sont conduits à cheval par le jeune garçon de la famille, souvent avec l’aide d’un chien. On connaît le loup dans ces contrées; chaque soir les prévoyants réunissent leurs moutons dans un parc à proximité de la yourte et profitent pour traire les femelles non suivies. Vers la mi-août les chefs de famille et les forces vives vont abandonner l’alpage et descendre faire les foins en prévention du long hiver. Les yourtes restent autour du lac jusqu’à la mi-septembre, leurs habitant bientôt chassés par la neige et le froid.

Les troupeaux de chevaux ou de moutons sont conduits à cheval par le jeune garçon de la famille

Ce lieu typique est fort couru par les touristes qui viennent passer une ou deux nuits dans les hôtels provisoires aménagés par les tours opérateurs. Séjour dans une yourte, repas typique sous forme de « Plov » un ragoût de boeuf ou de mouton accompagné de légumes, spécialité kirghize parfois – seulement, tourisme oblige – accompagnée de Koumiss. Et l’on voit parfois un cycliste dûment équipé parcourir la route de terre en direction des cols voisins et croiser un troupeau de brebis et leur berger à cheval. Tableau kirghize.

Passage des participants à la Silk Road Mountain Race au lac Song Kull
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Silk Road Mountain Race: l’endurance au superlatif

Silk Road Mountain Race 2019

Quels peuvent être les sentiments du Suisse Handy Buchs alors qu’il assiste, impuissant, au départ de ses 136 collègues, mais néanmoins concurrents sur une colline dominant Bishkek? Il s’est préparé durant six mois à la course la plus dure au monde, la Silk Road Mountain Race, mais son vélo s’est perdu quelque part entre Moscou et Bishkek. Si les choses tournent bien, il retrouvera son VTT à l’aéroport dans l’après-midi et pourra prendre le départ avec une demi-journée de retard. Qu’est-ce qu’une demi-journée si vous disposez de quatorze jours pour effectuer, tenez-vous bien, les 1’710 kilomètres et les 26’000 mètres de dénivelé positifs que propose ce parcours sur les routes de terre, les graviers, les pierriers et les cols de la chaîne de Tian Shan, en plein Kirghizistan? Le tout en parfaite autonomie: vous et votre seul vélo. L’an dernier, un petit 30% des concurrents seulement a atteint l’arrivée.

Le parcours de l’édition 2019 de la Silk Road Mountain Race
Les concurrents disposent de quatorze jours pour effectuer en parfaite autonomie les 1’710 kilomètres et les 26’000 mètres de dénivelé ascendants que propose ce parcours sur les routes de terre
Le départ est le seul moment où l’on peut photographier plusieurs concurrents sur le parcours. En arrière-plan Bishkek

Ne participe pas qui simplement le souhaite: la sélection se fait sur dossier. À voir les équipements lors du contrôle technique, rien ne s’improvise pour affronter les températures de ce mois d’août: entre 30° et -10° durant les bivouacs, les cols élevés, certains franchissant la limite des 4000 mètres, et le tracé tortueux. Impossible de s’y retrouver sans la navigation au GPS que fournit le prestataire Komoot . Si les choses tournent mal, les coureurs disposent d’une balise spot qui indique leur position, si ils sont encore en course ou si ils abandonnent. À eux alors de se débrouiller pour rejoindre une localité; on ne peut guère compter sur des secours au Kirghizistan. La parfaite autonomie est la règle de cette course hors-norme sur laquelle aucun concurrent n’a le droit de demander quelque aliment ou boisson aux gens du lieu. Par contre si il se la voit offerte, il peut en profiter. Vu la convivialité légendaire des Kirghizes habitant les montagnes, nul doute que de belles rencontres devraient avoir lieu.

Les seuls aliments condensés ne sauraient suffire

À observer les poches bourrées d’aliments qui équipent les vélos et les vêtements, les concurrents sont parés au pire. Mais le poids est une barrière qu’ils ne peuvent repousser sans conséquences. J’ai soulevé le vélo du vainqueur de l’an dernier, l’américain Jay Petervary: il ne pèse guère plus que mon vieux Muddy Fox des années 90! À ses dires, ce n’est pas l’équipement qui prime dans de tels défis, mais la tête et les capacités d’affronter les conditions changeantes de la montagne en parfaite autonomie. Par où passe l’itinéraire? Dois-je dormir ici, forcer l’allure pour franchir le col de nuit, m’arrêter ou me ravitailler en route? Poursuivre, pédaler sur la piste sans fin. Porter et pousser son vélo dans certaines montées trop abruptes, traverser des rivière à gué. Le psychisme joue un rôle prédominant, de même que la débrouille pour le bivouac improvisé avec son seul sac de couchage et son réchaud, quelque part dans une vallée Kirghize.

Rien ne s’improvise pour affronter les températures kirghizes de ce mois d’août: entre 30° et -10° durant les bivouacs, les cols élevés, certains franchissant la limite des 4000 mètres, et le tracé tortueux.

Pour comprendre un peu mieux la difficulté de cette vraie aventure, lisez l’interview de Jay Petervary: « You must be fully prepared and self-supported to take on this route, which is not attractive to most bikepackers. I slept three or four hours most nights. One night I slept a little more while waiting for the sun to hit my face since everything had frozen overnight. The last night I didn’t sleep at all. I went about 36 hours straight to reach the finish! » C’est qu’il devait absolument prendre l’avion le soir-même de sa victoire…

Jay Petervary, vainqueur de la première édition de la Silk Road Mountain Race: notez ses équipements de navigation
Plus de dix jours de solitude sur son vélo dans des décors sauvages
Le seul tandem de la course est en mains britanniques: Richard et Shona
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À l’abri de l’étoile du Nord

Le glacier en partie rocheux de Adougene, parc de Ala Archa

Il est un lieu poignant sur le chemin du glacier Adougene, dans le parc national de Ala Archa. À l’abri d’une forêt de pins dispensant une ombre bienvenue dans les chaleurs d’été se trouve un espace de recueillement que seul trouble le bruit lointain de la rivière.

Le cimetière des alpinistes situé en bordure de la vallée accédant au glacier d’Adygene

Ainsi placés à l’abri de l’étoile du Nord, neuf corps d’alpinistes disparus y reposent au côté d’une trentaine de monuments évoquant la mémoire d’autres alpinistes morts en montagne. Belle initiative que ce lieu du souvenir, en lieu et place de plaques commémoratives difficilement accessibles parce que disséminées dans les montagnes.

La stèle de l’étoile du Nord

Sous l’épitaphe « Le refuge ultime ne peut que se situer dans les montagnes, » une triple pyramide de marbre domine l’espace: dénommée « la couronne de Ala Archa » elle supporte des plaques de marbre aux noms des disparus plus récents. Dominée par le Pik Korona qui culmine à 4691m, le triple monument dessine la couronne de sommets qui fait face au mémorial. La couronne est coiffée de la cloche du camp légendaire de Rynda, dans la vallée, où campaient les alpinistes kirghizes avant les constructions récentes.

« Le refuge ultime ne peut que se situer dans les montagnes »

La fédération kirghize d’alpinisme et d’escalade a initié cet endroit d’hommage et de recueillement en septembre 1964, lors du décès de Vladimir Kurgashev, l’un des neuf alpinistes enterrés dans ce cimetière. Chaque année le 14 septembre, elle rend honneur à ses membres disparus dans les montagnes du monde, certains aux confins de la Russie, sur le Pik Pobeda, d’autres dans les montagnes du massif. L’honneur à l’un deux n’a pas droit au périmètre délimité, car il rappelle la mémoire d’un jeune alpiniste qui aurait de lui-même tranché la corde pour ne pas entraîner ses compagnons de cordée dans la mort.

Près de la cabane Priyut Ratseka, au pied du Pik Teke-Ter, 4479m

Et comme toujours, la belle Ala Archa reçoit les alpinistes, vivants comme défunts.

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Une nuit de pétards

23h tout proche de Ala-Too Square, au centre de Bishkek. Au début, on aurait pu croire à des fêtards célébrant la victoire à la fin d’une compétition sportive. Ou à un feu d’artifice, mais sans fusées montant haut dans le ciel. En fin d’après-midi les conseils de l’ambassade étaient formels: ne pas sortir de la ville, surtout pas en direction du Sud, éviter les lieux publics et les rassemblements de foule. Nous voilà plongés dans le bain pour notre première semaine en terre kirghize…

Agitation nocturne dans les rues proches de la place Ala-Too

Les pétards gagnent en puissance, de vraies bombes assourdissantes; les cris deviennent enragés: dommage que je ne comprenne pas le kirghize. Des projectiles fendent l’air. À l’abri du haut de mon huitième étage, je dois m’en méfier. Le carrefour s’anime, plus aucune voiture ne circule, les gens courent sur le trottoir, dans un sens, puis dans l’autre, repoussés par des grappes de gendarmes et leurs gaz lacrymogènes. Dans une certaine confusion, vraisemblablement à court de pétards, des individus entassent des containers au-milieu de la rue, enflamment les ordures avant d’en faire une barricade. Derrière un rideau d’arbres les gendarmes avancent et repoussent les manifestants. Ils finiront par les disperser dans un lointain concert de pétards. La suite et les explications se trouvent en Russe sur les réseaux sociaux; recours aux logiciels traducteurs.

Les partisans de Almazbek Atambaïev, l’ancien chef d’État accusé de corruption et d’acquisitions illégales, manifestent leur réprobation en cette nuit de pétards. La nuit précédente, une première tentative d’arrestation a fait une cinquantaine de blessés, de part et d’autre et causé le décès d’un chef des forces de l’ordre. Cela s’est passé près de la capitale, devant sa résidence située dans le village de Koï-Tach. Il y a quelques heures en cette seconde nuit, l’ancien président vient d’être arrêté; il a rendu les armes. Mais pas ses partisans. La corruption et les conflits personnels avec le président actuel, Sooronbaï Jeenbekov, constituent l’arrière-plan de ces tensions qui sont loin d’être apaisées. On craint l’embrasement et les conflits entre ethnies dans cette république déjà secouée par deux révolutions en 2005 et 2010.

Ce matin, les enfants jouent dans je jardin de la garderie en contrebas…

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Vie trépidante au bazar d’Osh

Foison d’odeurs et de couleurs

Bishkek compte de nombreux supermarchés, magasins et échoppes de tous genres, mais deux bazars permanents. Celui de Dordo où se rend la population aisée du centre de la capitale, et le grand bazar d’Osh, à l’ouest de la ville, où s’activent quantités de marchands et de clients de toutes provenances.

Vidéo à découvrir ici

Les échoppes se côtoient en rangs serrés autour de ruelles étroites; les porteurs y faufilent leurs remorques à deux roues à coups de cris leur servant de claxon. Le bazar fourmille de vie trépidante voire calme, suivant la halle et l’heure du jour. S’en dégagent de profondes odeurs d’épices, de légumes ou de viandes, de chaussures ou de vêtements, de farine et de fruits frais.

Des patates à profusion

Dans une halle les marchands remplissent des bouteilles de PET de graines de tabac à sucer, une vendeuse entasse ses légumes en tas bien ordonnés et chiffrés, un homme trie les mauvais parmi les fruits secs, un autre déplace et remplis ses sacs d’épices. Une salle est réservés aux meuniers qui acheminent directement leurs sacs de farines jusqu’aux boulangers. Ceux-ci confectionnent la fameuse Лепёшка, (prononcer « lipiochka ») une croustillante galette de pain frais. L’homme habile de ses mains colle les galettes de pâte humide sur les parois d’un four à bois; il attend que, bien dorées, elles menacent de tomber dans les flammes pour les ressortir et les mettre directement à l’étalage. Décorée de quelques graines de cumin, elle sait ravir les palais.

Les fameuses Lipiochki cuisent, collées aux flancs du four
Croustillantes à choix

La halle réservée aux bouchers est accessible depuis l’extérieur; les camionnettes y amènent toutes sortes de carcasses que les hommes débitent sur place à la hache, sous le regard critique des clients connaisseurs en la matière. On juge la viande d’agneau, de mouton ou de cheval, de boeuf rarement, à sa consistance et à sa couleur. Ce petit monde de matière premières fourmille malheureusement de sacs plastiques en tous genres, âmes écologistes s’abstenir…

Dans la halle des bouchers
Dans la capitale Bishkek
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La relève de la garde

Palais du parlement et statue de Manas sur la place de Ala Too

Ala-Too Square, aux pieds de Манас дастаны, l’Épic de Manas évoquant les luttes fratricides du XVIIe siècle entre Turcs et Mongols: 1,2,3,4… Lancers de jambes aériens malgré la chaleur harassante: 1,2,3,4…

Vidéo de la relève de la gardes a lieu toutes les deux heures

Relève de la garde sur la place historique bordée du parlement kirghize, sous le grand hauban du drapeau national. À quelques pas de là, petits et grands s’adonnent à des jeux d’eau dans les nombreuses fontaines de ce vaste espace public.

Lever du soleil sur la vaste plaine de Bishkek

La Bishkek officielle m’accueille ce premier week-end d’août, traînée par une circulation moins dense que les jours de semaine, m’assure-t-on. À l’aube de ce premier jour sur terre Kirghize, un soleil rouge dévoile la ville plate à loisirs. 

Quelques hautes tours ne parviennent pas à masquer les montagnes voisines qui culminent, déjà, à 4800 mètres… comme le Mont-Blanc. 

Au Sud de la capitale culminent des sommets de 4800 mètres

On me dit aussi que ces tours ont modifié le micro-climat de la capitale, empêchant les courants de balayer la plaine de sa pollution. Effectivement, au fil d’heures de plus en plus chaudes, les montagnes se dissimulent derrière une brume jaunâtre. Cédant le pas au monstre dénommé trafic, les arbres bordant certaines avenues ont été coupés. Malgré tout Bishkek demeure une ville verte en comparaison de nos métropoles européennes. De vastes parcs aèrent la métropole d’un million d’habitants, de même que le bel axe Nord-Sud d’Erkindik Boulevard; les gens de Bishkek profitent des nombreux bancs publics sous de grands arbres soignés par la municipalité qui y installe un système d’irrigation automatique. L’eau ne manque pas avec les massifs montagneux bordant la ville au sud. 

L’eau ne manque pas avec les massifs montagneux bordant la ville au sud

Mais les chênes souffrent d’une maladie pernicieuse qui en jaunit le feuillage dès le printemps. Pas encore habitué à la chaleur sèche du climat continental – le thermomètre atteint les 40° depuis un bon mois sans qu’aucune pluie ne vienne alléger l’atmosphère – je me réfugie dans un intérieur climatisé. Bonjour Kirghizistan!