Nulle part dans la chaîne montagneuse de Fergana Kirka Toosu, qui sépare la vallée fertile de la Fergana des plaines arides du Kirghizistan central. Un vallon comme un autre au Sud de Kazarman. Un alpage en été, avec ses groupes de chevaux et un troupeau d’un bon millier de moutons bruns. Si la géologie n’en avait pas voulu autrement, ce vallon serait resté nulle part. D’autres régions voisines se sont vues gâtées de minerais d’Uranium et d’or. Mais pas Saimaluu Tash. L’activité volcanique a fait d’une partie de ce vallon qui culmine à 3600 mètres un glacier rocheux transportant des basaltes, bruns foncés, oxydés en noir brillant voir en bleu intense lorsque caressés par le soleil couchant. Suivant l’inclinaison de ses rayons, les multiples faces de ces cailloux dévoilent d’innombrables scènes gravées de la vie de tous les jours. Des scènes, pour certaines, vieilles de quatre mille ans, des premiers siècles de notre ère pour d’autres. Des représentations de la vie agreste, de chasse et de partage social. D’innombrables gravures préhistoriques, moyens d’expression de jadis, qui témoignent de temps fort éloignés. Et qui font de ce vallon un quelque part qui mérite l’attention des spécialistes du monde entier. Le site où l’on compte le plus grand nombre de pétroglyphes en Asie centrale.

L’été à Saimaluu Tash, deux mille ans avant notre hère, la vie ne devait pas être très différente d’aujourd’hui. D’innombrables moutons bruns paissaient sous la conduite de rares bergers dans des pentes couvertes d’oignons sauvages. Ces pasteurs devaient avoir beaucoup de temps une fois leur bêtes parquées dans un creux du vallon. Aussi, à Saimaluu Tash, se sont-ils mis a graver des scènes de leur quotidien sur cette roche noire qu’on ne trouve nulle part ailleurs: du bétail sous la conduite de bergers, des animaux sauvages chassés par des tireurs à l’arc, des scènes de vie sociale au voisinage des parcs à bétail, de rares scènes d’adoration et même des scènes érotiques lorsque le temps laissait loisir à leur phantasmes. Dans le pierrier d’apparence anodine se côtoient des ibex, des mouflons, des mammouths, des cerfs à la ramure spectaculaire, des boeufs et des chèvres aux cornes gigantesques: signes de la signification que les pasteurs de jadis attribuaient au bétail, ou de la renommée qu’ils comptaient s’attribuer à la garde de bêtes dotées de tels trophées. On compte presque cent mille gravures ancestrales sur les pierres de Saimaluu Tash – les pierres brodées en langue Kirghize – , auxquelles viennent malheureusement se rajouter quelques gravures, moins esthétiques, de visiteurs contemporains. Car le site n’est pas protégé. Il le mériterait pourtant grandement tant son importance paraît mondiale aux yeux des spécialistes. Heureusement qu’il n’est atteignable qu’en plusieurs heures de marche.

Seul sous ma tente au bord d’un petit lac, les moutons sont suffisamment descendus pour que je n’entende plus leurs bêlements incessants. Dans les rochers me dominant, un grand oiseau lance des cris qui pourraient s’avérer inquiétants pour un intrigué qui résiderait sur ce site mystérieux. Au petit matin six orages consécutifs déferlent sur le site et y déposent cinq centimètres de grêle. Signe des dieux? Je peine pourtant à déchiffrer de nombreuses scènes d’adoration sur les roches de basalte. Un homme soleil de ci, de là, des hommes armés dansant ou implorant je ne sais quelle divinité. Les interprétations pourraient être nombreuses. Mieux vaut se cantonner à l’évidence.

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