Une nuit de pétards

23h tout proche de Ala-Too Square, au centre de Bishkek. Au début, on aurait pu croire à des fêtards célébrant la victoire à la fin d’une compétition sportive. Ou à un feu d’artifice, mais sans fusées montant haut dans le ciel. En fin d’après-midi les conseils de l’ambassade étaient formels: ne pas sortir de la ville, surtout pas en direction du Sud, éviter les lieux publics et les rassemblements de foule. Nous voilà plongés dans le bain pour notre première semaine en terre kirghize…

Agitation nocturne dans les rues proches de la place Ala-Too

Les pétards gagnent en puissance, de vraies bombes assourdissantes; les cris deviennent enragés: dommage que je ne comprenne pas le kirghize. Des projectiles fendent l’air. À l’abri du haut de mon huitième étage, je dois m’en méfier. Le carrefour s’anime, plus aucune voiture ne circule, les gens courent sur le trottoir, dans un sens, puis dans l’autre, repoussés par des grappes de gendarmes et leurs gaz lacrymogènes. Dans une certaine confusion, vraisemblablement à court de pétards, des individus entassent des containers au-milieu de la rue, enflamment les ordures avant d’en faire une barricade. Derrière un rideau d’arbres les gendarmes avancent et repoussent les manifestants. Ils finiront par les disperser dans un lointain concert de pétards. La suite et les explications se trouvent en Russe sur les réseaux sociaux; recours aux logiciels traducteurs.

Les partisans de Almazbek Atambaïev, l’ancien chef d’État accusé de corruption et d’acquisitions illégales, manifestent leur réprobation en cette nuit de pétards. La nuit précédente, une première tentative d’arrestation a fait une cinquantaine de blessés, de part et d’autre et causé le décès d’un chef des forces de l’ordre. Cela s’est passé près de la capitale, devant sa résidence située dans le village de Koï-Tach. Il y a quelques heures en cette seconde nuit, l’ancien président vient d’être arrêté; il a rendu les armes. Mais pas ses partisans. La corruption et les conflits personnels avec le président actuel, Sooronbaï Jeenbekov, constituent l’arrière-plan de ces tensions qui sont loin d’être apaisées. On craint l’embrasement et les conflits entre ethnies dans cette république déjà secouée par deux révolutions en 2005 et 2010.

Ce matin, les enfants jouent dans je jardin de la garderie en contrebas…

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